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Dilapidation des deniers publics: Benallou et l'ONDA... pour commencer
actuel n°129, vendredi 17 février 2012
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Rien n’est dĂ» au hasard. La rĂ©activation du dossier ONDA et la prĂ©sentation de Benallou et consorts devant la justice,  Ă  ce moment prĂ©cis, constituent un test dĂ©cisif. La justice  ira-t-elle jusqu’au bout ? Y aura-t-il un effet boule de neige pour solder les dossiers les plus sulfureux ? Autant de questions qui focalisent les attentes et tiennent l’opinion en haleine.


 

La mise en examen de Abdelhanine Benallou, l’ex-directeur général de l’ONDA, et consorts, marque-t-elle véritablement la fin de l’impunité ? Les avis demeurent partagés. Les plus sceptiques se réfèrent aux expériences passées. A commencer par la tristement célèbre campagne d’assainissement, pilotée par l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, en 1996.

Une campagne qui avait traumatisé les opérateurs économiques, sans modifier véritablement les pratiques. La preuve, quinze ans plus tard, les affaires de malversation, détournement et dilapidation des deniers publics n’en finissent pas d’alimenter la chronique.

L’enquête de la BNPJ sur l’affaire de l’ONDA, enclenchée à la demande du procureur général, est bouclée depuis plusieurs semaines. La justice s’en était d’ailleurs saisie voici plusieurs mois. Or, force est de constater que la réactivation de la procédure intervient « à un moment idéal pour le gouvernement Benkirane ».

A l’heure où les tensions sociales s’exacerbent, où les attentes des citoyens se font plus fortes, le tout dans un contexte de crise économique généralisée et de sécheresse annoncée. Pour calmer les esprits, quoi de mieux que de sortir aujourd’hui le dossier ONDA ? Un dossier qui avait pourtant été déterré par les inspecteurs de la Cour des comptes en… 2008 ? De là à penser qu’il y a instrumentalisation de la justice, il n’y a qu’un pas.

Tout porte à croire cependant que Abdelilah Benkirane et son ministre de la Justice, Mustafa Ramid, ne se contenteront pas du seul dossier ONDA. L’affaire du CIH, qui épingle Khalid Alioua pour dilapidation des deniers publics, est également dans les tuyaux. L’ex-patron du CIH a été entendu ces derniers jours par les services de la BNPJ.

Il aurait même menacé de dévoiler de grosses affaires dans lesquelles seraient impliquées de hautes personnalités. C’est la même histoire qui se répète puisque Moulay Zine Zahidi, son prédécesseur à la tête du CIH, condamné en 2007 par contumace, avait formulé les mêmes menaces. « Ils commencent tous par avoir la même réaction défensive. Mais face à l’intransigeance de la machine judiciaire, ils reviennent à de meilleurs sentiments, de peur d’aggraver leur cas ! », assure une source bien informée.

 

D’une pierre deux coups

D’autres dossiers seraient également en instance de traitement imminent. Sur le registre de la gouvernance des entreprises publiques, les affaires ne manquent pas. Certaines traînent dans les dédales de la justice depuis de nombreuses années.

Celle de la CNSS, par exemple, bat tous les records puisqu’elle remonte à 2001 et met en jeu un déficit de 115 milliards de dirhams et 47,7 milliards partis en fumée en détournements, malversations et mauvaise gestion. Aura-t-on cette fois le fin mot de l’histoire pour solder le passif et tourner enfin la page ? D’une pierre deux coups : cela permettrait aussi de renflouer les caisses de l’Etat désespérément vides.

Les observateurs les plus optimistes veulent y croire, convaincus que quelque chose est en train de changer, compte tenu du contexte régional et de l’effet Printemps arabe, de la conjoncture politique et des contraintes économiques auxquelles est confronté le Royaume. « Nous sommes installés dans un processus irréversible de moralisation de la vie publique, et les déclarations du PJD sur la reddition des comptes et la lutte contre la dilapidation des deniers publics n’est pas un simple slogan.

Maintenant, toute la difficulté consiste à enclencher cette réforme de fond, sans basculer dans la chasse aux sorcières », explique Mohcine El Harti, chercheur à l’université de Tanger. Celui-ci en veut pour preuve la nouvelle Constitution qui renforce les dispositions en faveur de la moralisation de la vie publique.

 

HĂ©morragie de capitaux

C’est sans doute lĂ  le vĂ©ritable challenge du gouvernement Benkirane. Industriels et investisseurs sont sur le qui-vive, Ă  l’affĂ»t du moindre signal susceptible de perturber leurs projets. DĂ©jĂ  Ă©chaudĂ©s par la rĂ©cession, nombreux sont les opĂ©rateurs qui seraient prĂŞts Ă  diffĂ©rer ou Ă  renoncer Ă  leurs investissements, Ă  la moindre alerte. 

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’on parle d’hémorragie de capitaux vers l’étranger, depuis l’été dernier. Le dernier rapport de Global Finance Integrity estime ces flux à 25 milliards de dollars.

Autant dire que le gouvernement Benkirane devra faire preuve, à la fois de fermeté et de doigté pour laisser la Justice faire son travail sereinement, sans tomber dans la récupération politique. Et installer de nouvelles pratiques de bonne gouvernance des entreprises publiques, de reddition des comptes des dirigeants, sans paralyser la machine économique.

« Pour réussir ce challenge, il faut vaincre des résistances comme l’impunité qui discrédite tous les discours réformistes. D’où la nécessité d’actions officielles, fortement symboliques, qui annoncent clairement la rupture avec les pratiques du passé », explique Abdelaziz Messaoudi, militant associatif. C’est sur cet aspect d’ailleurs que le gouvernement Benkirane est le plus attendu.

L’autre facteur de scepticisme est lié à la subordination dont a fait preuve jusque-là, la Justice. « Il est temps de mettre fin à cette source de méfiance et de résignation du citoyen, et de réhabiliter la Justice dans son rôle », poursuit Messaoudi. Lui aussi estime que le moment est opportun compte tenu du caractère urgent des réformes et des attentes de plus en plus fortes des citoyens.

 

Le pouvoir du conseil d’administration prime

Mais le gouvernement Benkirane devra aller au-delà du symbolique pour se pencher en profondeur sur le mode de gouvernance des entreprises publiques. Celui-ci souffre de plusieurs défaillances, des portes ouvertes à tous les dérapages, quels que soient les dirigeants. « Tous les dérapages au sein de l’ONDA, qui ont plombé ses résultats financiers, mettent en cause son mode de gouvernance », précise Mohcine El Harti.

Pourtant, la rĂ©forme a Ă©tĂ© amorcĂ©e avec la promulgation de la loi 69/00 sur le contrĂ´le financier de l’Etat sur les entreprises publiques. Celle-ci se fonde sur quatre grands principes : la gĂ©nĂ©ralisation du contrĂ´le, sa modulation et sa pertinence, la dynamisation du processus de contrĂ´le et la clarification des pouvoirs. 

Concrètement, la loi 69/00 responsabilise le conseil d’administration et dynamise l’audit externe. Mais dans les faits, la pratique est tout autre. « Que ce soit pour l’ONDA ou les autres entreprises publiques pointées du doigt par la Cour des comptes, il faut se poser la question de l’intégrité des auditeurs externes. » En effet, les comptes de ces entreprises étaient déjà certifiés alors que les anomalies ont été relevées, après coup, par les magistrats.

A cela s’ajoute le rôle défaillant du conseil d’administration alors que son pouvoir prime sur celui de l’équipe dirigeante. « Comment les membres qui siègent au conseil, souvent présidé par le Premier ministre, n’ont-ils rien vu venir ? On est en droit de se demander s’ils remplissent véritablement leur rôle d’administrateur et dans quelle mesure rendent-ils compte des dérives constatées ? », s’interroge El Harti.

Autant de zones d’ombres qui brouillent les cartes et diluent le champ des responsabilités. D’où l’urgence de revoir en profondeur le système de gouvernance en mettant l’accent davantage sur la qualité de l’audit externe, et en responsabilisant les administrateurs. Benkirane, qui entend réussir là où ses prédécesseurs ont échoué par paresse ou incompétence, joue gros sur l’un des engagements majeurs de sa campagne.

Mouna Kably & Khadija El Hassani

***

ONDA

Chantier ouvert

Deux rapports accablants et des méthodes de gestion qui perdurent. Le ministre de l’Equipement et du Transport, Aziz Rebbah, mettra-t-il fin au laxisme ?

 

Tous les projecteurs sont désormais braqués sur l’ancienne équipe dirigeante de l’ONDA. Sera-t-elle jetée en pâture pour donner l’exemple, ou aura-t-elle droit à un procès équitable ? Quelle que soit l’issue de ce procès, la poursuite de Abdelahnine Benallou pour dilapidation des deniers publics remet sur le devant de la scène les défaillances du système de gouvernance de l’Office.

Les pouvoirs publics en semblent conscients, au point que le gouvernement n’a pas omis de préciser dans son programme « la nécessité d’une réforme de la gestion de l’ONDA ». Un signe qui ne trompe pas.

L’Office est en proie à un problème de gouvernance qui perdure. La situation doit à l’évidence être reprise en main d’urgence pour éviter tout nouveau scandale. Outre la mauvaise presse dont souffre l’Office, la nouvelle organisation annoncée en août 2011 par Dalil Guendouz n’est toujours pas opérationnelle.

Une situation qui prête parfois à confusion dans le partage des responsabilités. Des appels à candidatures ont été ouverts en septembre dernier sans critère d’éligibilité. « Rien de tel pour nourrir l’arbitraire », déplore une source interne.

 

Beaucoup d’anomalies

En 2008, la Cour des comptes avait formulé huit recommandations au terme de son audit. Elles seraient, pour la plupart, restées lettre morte. « A l’issue du conseil d’administration du 4 octobre 2011, Karim Ghellab, alors ministre de l’Equipement et président du conseil, avait spécifié, un peu tardivement, la nécessité d’assurer un suivi de ces recommandations. C’est la preuve que les chantiers n’avaient pas avancé ! »

Parmi les recommandations clés, la révision du processus de gestion des commandes. Une commission d’appels d’offres tournante devait être constituée tous les quatre mois. Mais, jusqu’à fin 2011, les mêmes membres siégeaient dans cette commission coiffée par Ouadii Mouline, directeur financier, actuellement poursuivi en état d’arrestation.

Autre anomalie : la création d’une direction financière qui coiffe tout le processus de règlement, de l’émission du bon de commande au paiement. Ce qui est anti-déontologique. Là aussi, c’est Mouline qui a coiffé cette chaîne jusqu’à la semaine dernière.

Quant à la rationalisation des dépenses, elle restera sans suite au regard des achats superflus comme l’acquisition par Dalil Guendouz d’une Audi A7 au titre de voiture de fonction, ou l’inflation des recrutements de contractuels au moment même où la trésorerie de l’Office plongerait dans le rouge.

Mouna Kably

Académie hors-la-loi

L’ONDA crée en 2000 l’Académie internationale Mohammed VI de l’aviation civile, pour la formation des contrôleurs aériens et des électroniciens de la sécurité de l’aviation civile. En septembre 2004, l’Académie lance un nouveau cursus, un cycle d’ingénieur d’aviation civile. Mais, à la sortie de la première promotion d’ingénieurs en 2007, l’Académie n’est pas en mesure de délivrer un diplôme d’Etat puisqu’elle n’a pas le statut d’école supérieure comme EMI ou Hassania.

Seules des attestations de réussite seront délivrées et la totalité de la promotion sera recrutée par l’ONDA. L’Office ne pourra toutefois absorber indéfiniment les promotions suivantes. A l’issue d’un long processus, un décret est publié en juin 2011 qui érige, enfin, l’Académie en école supérieure.

Sauf que quelques mois avant la sortie du décret, Dalil Guendouz nomme un directeur, ex-enseignant de l’école Hassania. Or, la loi impose le lancement d’un appel à candidatures où les prétendants au poste doivent présenter un projet sur quatre ans et avoir des prérequis, notamment une formation en aéronautique. Ce qui n’est pas le cas du directeur actuel. Rebbah rectifiera-t-il le tir ?

M.K.

***

Khalid Alioua

L’heure des comptes a sonné

L’ex-président du CIH, remercié brutalement, a laissé plusieurs casseroles derrière lui. Flash-back.

 

Les supputations vont bon train. A peine le dossier ONDA rĂ©activĂ© et son ancien directeur gĂ©nĂ©ral mis en examen, avec une douzaine de  collaborateurs, la liste des candidats susceptibles de lui emboĂ®ter le pas commence Ă  s’allonger. En tĂŞte figure le nom du socialiste Khalid Alioua, l’ancien prĂ©sident du CIH.

Selon les premières indiscrétions, le ministre de la Justice, Mustafa Ramid, se serait déjà saisi du dossier de cette banque dont les malversations et scandales de gestion ont défrayé la chronique pendant plusieurs années. Le fameux procès de Moulay Zine Zahidi marquera les esprits avant que le scandale n’éclate à nouveau, suite à la gabegie dénoncée par les magistrats de la Cour des comptes sous le mandat de Khalid Alioua.

Nommé à la tête du CIH en 2004, Alioua en sera débarqué sans ménagement en 2009. Son nom sera cité dans un gros scandale immobilier. Les faits remontent à fin 2008. L’ex-patron du CIH est alors accusé d’avoir mis la main sur un bien immobilier appartenant à la banque qu’il gère, et qu’il aurait acquis à un prix bradé, sans aucun rapport avec la réalité des prix immobiliers de l’époque.

Dans son rapport, la Cour des comptes précise que « des cessions décidées entre 2004 et 2007 l’ont été sur la base des prix de l’année 2000, sans prise en compte de la flambée des prix de l’immobilier ». Le bien en question, constitué de deux appartements mitoyens, d’une superficie totale de 493 m², est situé sur le boulevard Rachidi, dans un des quartiers prisés de la capitale économique.

Il a été acquis à 1,7  million de dirhams, soit 3 500 dirhams le mètre carré, sans commune mesure avec les prix dans le secteur qui peuvent atteindre 20 000  dirhams/m2. De plus, la cession a eu lieu en 2006, sans l’approbation préalable du conseil d’administration. Encore mieux, le CIH a même supporté les frais d’aménagement des deux appartements, pour un montant de 1,9 million de dirhams.

Les griefs de la Cour des comptes ne s’arrêtent pas là. Seul maître à bord, Alioua prenait des décisions de manière unilatérale, allant parfois à l’encontre des intérêts de la banque et informant le conseil après coup. Les magistrats de la Cour des comptes ont balisé le terrain. La balle est désormais dans le camp de la justice.

Khadija El Hassani


Et les autres...

CNSS, 2M, Sodep, ANRT, Sonadac… les établissements publics passés au crible par les magistrats de la cour des Comptes ou épinglés par des commissions parlementaires pour mauvaise gestion, détournement de fonds ou dilapidation de deniers publics, retiennent leur souffle.

Des premières têtes sont tombées, et l’espoir de voir d’autres suivre tient la rue en haleine. La gravité des dysfonctionnements relevés et les sommes en jeu devraient logiquement appeler des sanctions sévères. La CNSS devait déposer des arriérés de réserves de 9 milliards de dirhams, datant de 2005, auprès de la CDG.

Elle a fini par régulariser sa situation en… 2011. Les magistrats de la Cour des comptes ont relevé d’autres dysfonctionnements dont plus de 38,3 millions de dirhams de frais bancaires illégalement payés, des sorties de 12,78 millions de dirhams non encore identifiés, et 36,5 millions de dirhams de recettes toujours pas encaissées.

Dans le collimateur aussi, la deuxième chaĂ®ne marocaine. MalgrĂ© les subventions perçues Ă  fin 2007, de plus de 1,12  milliard de dirhams, et des recettes  publicitaires de plus de 2,8 milliards de dirhams, entre 2003 et 2008, 2M est en difficultĂ© financière. Gabegie et malversations frappent de nombreux autres Ă©tablissements publics. 

A un moment où la tension dans la rue est à son paroxysme, et que les caisses de l’Etat sont mises à rude épreuve, le temps est venu pour la machine judiciaire d’aller jusqu’au bout de son travail, pour dire enfin son mot sur toutes ces affaires.

K.E.H.

***

Entretien avec Khalid Cherkaoui Semmouni, président du CMDH

« Ramid a eu le feu vert du roi »

Outre les droits civiques et politiques, les activistes du CMDH s’attaquent régulièrement aux questions de corruption et de dilapidation des biens publics.

 

actuel : De l’affaire Benallou en passant par celle de Khalid Alioua, ou encore le dossier sulfureux de la CNSS, le PJD a-t-il eu le courage qui manquait aux gouvernements précédents pour ouvrir la boîte de Pandore ?

Khalid Cherkaoui Semmouni : Le rythme de la justice n’est pas celui des politiciens. L’accumulation d’enquêtes où de hauts responsables sont impliqués montre qu’on est avant tout devant une dynamique qui correspond à une volonté politique de haut niveau. A mon avis, Ramid a eu le feu vert du roi, un blanc-seing qui manquait certainement à son prédécesseur. Espérons que d’autres ripoux, dont les dossiers sont bien lourds, passent rapidement devant les tribunaux.

Vous semblez mettre en doute la capacité du gouvernement à mener sa campagne « mains propres » ?

Il ne faut pas faire de cadeau aux pilleurs des ressources de l’Etat, certes, mais le ministre de la Justice devrait être vigilant : une chasse aux sorcières, qui viserait uniquement des lampistes désignés d’avance, ne ferait que conforter le pessimisme ambiant. Il faut une justice sereine, des faits avérés et prouvés pour interpeller un responsable.

La seule convocation d’une personne par la justice n’aboutit évidemment pas systématiquement à une mise en examen. Dans le cas Benallou, la BNPJ a complété l’enquête des juges de la Cour des comptes. Mais pour les autres dossiers à venir, sous quel statut d’autres responsables seront-ils convoqués ? En vue d’une mise en examen ?

En état d’arrestation ? Les Anglais appellent ça, le name and shame, c’est-à-dire la stigmatisation d’un individu ou d’une entreprise, la désignation de quelqu’un comme corrompu sans qu’il ait été condamné par un tribunal. Il faudrait que la présomption d’innocence soit respectée. Egalement, les résistances de nombreux lobbies compliqueront sérieusement le travail de la justice.

Que voulez-vous dire par lobbies ?

Le peu d’actions judiciaires entreprises par le passé a encouragé le détournement de milliards de dirhams dans les sociétés publiques, les communes et même les hôpitaux… Ces fortunes accumulées à l’ombre de l’impunité ont servi à mettre sur pied des fortunes aussi bien parmi les propres responsables que d’autres groupes de pression ou des individus plus puissants. Observez la réaction de Khalid Alioua. Dès qu’il a senti le vent tourner, il a durci le ton. J’ai lu dans Al Massae qu’il menaçait de déballer tout, de citer des personnes influentes qui ont bénéficié de ses largesses.

Mais Alioua ne hausse-t-il pas le ton parce qu’il pense toujours que son parti, l’USFP, va le défendre ?

Quand j’ai parlé de lobbies, cela englobe également les partis politiques. N’oublions pas que Alioua est un membre influent du parti de Ben Barka, il a été ministre dans le gouvernement Youssoufi et ses pairs l’ont toujours soutenu.

Maintenant, ce qui m’interpelle, c’est que la justice devrait lui imposer de citer ces personnes, à condition que ce que rapporte la presse soit vérifié. Et cela au nom de la transparence et au nom du droit à l’information qui est inscrit noir sur blanc dans la nouvelle Constitution.

Jusqu’à présent, les rares affaires traitées par la justice n’ont pas permis à l’Etat de reprendre son dû ; est-ce faute de volonté politique ?

Oui, certainement. Or il faut absolument recouvrer les fonds publics détournés par ces hauts responsables de l’Etat. Jusqu’ici, certains ont été arrêtés pour corruption et détournements de fonds publics.

Mais, l’Etat n’a rien récupéré, consacrant ainsi l’impunité. Le gouvernement Benkirane devrait avoir le courage d’aller plus loin. Il a pour lui le droit international, avec la Convention des Nations unies contre la corruption de 2003 qui fait de la restitution des avoirs détournés un principe. Il pourrait ainsi, en utilisant tous les instruments légaux et politiques, obliger les responsables à restituer les avoirs détournés.

Le gouvernement a-t-il les moyens de saisir les biens et les fortunes des ripoux pour récupérer l’argent ?

Le gouvernement est le gardien de l’argent public. Ce serait Ă  lui d’agir. Ne dit-on pas que le Makhzen a des yeux partout ? Il faut juste dresser la liste des biens mal acquis, Ă©quivalant Ă  des millions de dirhams dissĂ©minĂ©s Ă  l’étranger. 

Beaucoup sont soupçonnés de posséder en France et en Espagne des biens immobiliers financés par l’argent public. Il y a également le recours à des prête-noms auprès de plusieurs établissements bancaires, afin de dissimuler l’origine des capitaux.

Propos recueillis par Abdellatif El Azizi


Ahmed Midaoui

L’homme le plus craint du Royaume

En dix ans, la Cour des comptes s’est fait une place à part au soleil de l’Etat de droit. Quelle est la botte secrète de Midaoui ? Portrait.


C’est le nouveau fantasme des journalistes : comment se mettre Ă  table avec Ahmed Midaoui ? L’homme le plus craint aujourd’hui au Maroc a la fâcheuse manie d’être discret par nature. Et le droit de rĂ©serve qu’il Ă©voque Ă  chaque fois qu’un journaliste tente de lui arracher une interview n’est qu’une Ă©chappatoire. 

En réalité, l’homme n’a jamais vraiment apprécié la compagnie des médias. Doté d’un calme olympien, l’ex-ministre de l’Intérieur n’a pourtant pas son pareil pour perdre son sang-froid devant les journalistes. Midaoui n’a aucun goût pour les feux de la rampe.

En 2001, de retour d’une rencontre au sujet du Sahara à Berlin, il convoque en urgence les médias pour s’attarder sur les nouvelles orientations du Royaume dans la gestion de cet épineux dossier. Les questions des journalistes énervent le successeur de Basri.

Face à Boubker Jamaï, alors patron du défunt Journal, il perd son contrôle et tance violemment le journaliste : « N’khli dar bouk laou kounti ouldi » (si tu étais mon fils, je te tabasserais copieusement)… Dans le civil, l’homme est réputé pour son caractère affable et sa grande timidité. Cette apparente neutralité est trompeuse : cet homme est dangereux ; il est craint comme la peste autant par les politiques que par les patrons d’offices.

 

Il sait tout, avant tout le monde

Des soubresauts du microcosme des établissements publics, il en connaît un bout. Des détournements au sein des communes, des dilapidations des deniers publics dans les ministères, il sait tout et... avant tout le monde. Il maîtrise parfaitement le dossier qui va interpeller les députés, l’affaire qui fera réagir les partis politiques, et la prochaine OPA qui fera trembler le Tout-Rabat.

C’est vrai que l’homme bénéficie du parapluie royal, Mohammed VI ayant voulu, bien avant l’arrivée de l’équipe Benkirane, donner un véritable pouvoir à la Cour des comptes. Mais il ne faut pas sous-estimer l’empreinte de l’ex-inspecteur des Finances sur la nouvelle politique des juges sous sa supervision. « Le feu vert du Palais, si capital soit-il, n’explique pas tout. Il a fallu également une bonne dose de talent pour redonner à cette institution son aura », explique l’un de ses proches collaborateurs.

On dit de lui qu’il a prêté serment en rêvant d’être le premier à débusquer les magouilles des patrons d’offices, qui faisaient à l’époque la pluie et le beau temps. Le patron de la Cour des comptes s’est subitement pris à rêver de mettre à nu la gestion d’entités prestigieuses comme l’ONDA, le CCM, Marsa Maroc, Royal Air Maroc...

Quand Midaoui a lancé la bombe Benallou, il ne se faisait pas trop d’illusions sur les suites judiciaires que connaîtrait cette affaire. Depuis, ce dossier a connu tellement de rebondissements, ces deux dernières années, qu’on avait presque oublié que c’était la Cour des comptes qui s’en était saisi en premier lieu. L’homme nous avait confié à l’époque que la Cour des comptes n’avait aucun pouvoir si ce n’est celui de confier à la justice ces dossiers, et que c’était au parquet de « décider des suites opportunes, dans le cadre défini par le code des juridictions financières ».

Il n’empêche, les pouvoirs de l’instance, qui ont été élargis dans la nouvelle Constitution, et le recrutement de quarante-cinq magistrats en mars prochain laissent présager que Midaoui, qui a incontestablement un sens aigu du moment, s’apprête à envoyer derrière les barreaux d’autres clients que Benallou.

Abdellatif El Azizi

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Actuel n°92 : Â«â€‰Nos attentes sont plus grandes que le 20-FĂ©vrier »  
Actuel n°92 : Trois jeunesses 
Actuel n°92 : Attentat : Le jeudi noir de la ville ocre  
Actuel n°92 : RĂ©volutions et attentats Sale temps pour Zenagui 
Actuel n°92 : Mais que veulent les jeunes ? 
Actuel n°92 : Il n’y pas que le 20-FĂ©vrier…  
Actuel n°91 : Le grand nettoyage 
Actuel n°90 : Le retour des adlistes 
Actuel n°89 : Ruby : sexe, mensonges et vidĂ©o 
Actuel n°88 : ImpĂ´ts : Halte Ă  la fraude 
Actuel n°87 : Hassan II TV c’est fini 
Actuel n°86 : Marine Le Pen : L’islam, les Arabes et moi 
Actuel n°85 : Vive le Maroc libre 
Actuel n°84 : Rumeurs, intox : Ă  qui profite le crime ? 
Actuel n°83 : ET MAINTENANT ? Une marche pour la dĂ©mocratie
Actuel n°81 : Sale temps pour les tyrans 
Actuel N°72 : Aquablanca : La faillite d’un système  
Actuel n°69-70 : Benguerir sur les traces de Settat 
Actuel n°68 : Art, sexe et religion : le spectre de la censure 
Actuel n°67 : Dans les entrailles de Derb Ghallef 
Actuel n°66 : Ces FQIHS pour VIP 
Actuel n°65 : RNI, le grand politic show 
Actuel n°64 : Bourse de Casablanca, des raisons d’espĂ©rer 
Actuel n°63 : Ex-ministres :  y a-t-il une vie après le pouvoir ?
Actuel n°62 : Le code de la route expliquĂ© par Ghellab
Actuel n°61 : La vie sexuelle des Saoudiennes… racontĂ©e par une Marocaine
Actuel n°60 : Chikhates, shit et chicha 
N°59 : Eric Gerets, la fin du suspense ?
N°58 : Onze ans, onze projets 
N°57 : Raid sur le kif 
N°56 : Sea, Sun & Ramadan 
N°55 : Casablanca, mais qui est responsable de cette pagaille ?
N°54 : Ces ex-gauchistes qui nous gouvernent 
N°53 : Au cĹ“ur de la prostitution marocaine en Espagne 
N°52 : DiplĂ´mĂ©s chĂ´meurs : le gouvernement pris au piège
N°51 : 2M : Succès public, fiasco critique
N°50 : L’amĂ©rique et nous 
N°49 : Crise, le Maroc en danger ?
N°48 : Les 30 Rbatis qui comptent 
N°47 : Pourquoi El Fassi doit partir 
N°46 : Chirurgie esthĂ©tique :  plus belle, tu meurs
N°45 : McKinsey dans la ligne de mire  
N°44 : Trafic sur les biens des Ă©trangers 
N°43 : Avec les Ă©vadĂ©s de Tindouf 
N°42 : GCM / Tamesna : Un scandale en bĂ©ton !
N°41 : ONA - SNI: Ils ont osĂ©
N°40 : Enseignement: Missions Ă  tout prix
N°39 : Le Maroc, terre d'accueil des espions 
N°38 : Bleu Blanc Beurk 
N°37 : Boutchichis Les francs-maçons du Maroc
N°36 : Hamid Chabat rĂ©veille les vieux dĂ©mons
N°35 : Vies brisĂ©es 
N°34 : Maires Ceux qui bossent et ceux qui bullent
N°33 : Botola Combien gagnent nos joueurs
N°32 : Sexe, alcool, haschich, jeux… Les 7 vices des Marocains
N°31 : Tanger Le dossier noir des inondations
 
 
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