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PiĂšces automobiles Le marchĂ© de l'occasion flambe
actuel n°126, vendredi 27 janvier 2012
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Le dĂ©mantĂšlement douanier pour les vĂ©hicules neufs et les restrictions sur les voitures de plus de cinq ans entrent en vigueur en mars. Mais le parc automobile national n’est pas prĂšs d’ĂȘtre rajeuni. EnquĂȘte au cƓur du marchĂ© de la piĂšce de rechange.


 

Hassan E. n’en peut plus. Depuis un mois, il cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment un bloc moteur d’occasion pour l’utilitaire dont il a besoin pour nourrir sa famille. « Le problĂšme n’est pas d’en trouver, mais de l’acquĂ©rir Ă  un prix qui soit Ă  ma portĂ©e ! », lance-t-il Ă©nervĂ©. En effet, il est hors de question pour lui d’acheter du neuf, car trop cher.

 Si le marchĂ© de la piĂšce de rechange reste stable, celui des piĂšces dites de rĂ©cupĂ©ration a, au contraire, littĂ©ralement flambĂ©. « Le marchĂ© est, actuellement, Ă  la hausse et le restera trĂšs probablement durant les six prochains mois », partage Mohammed Rachidi, responsable commercial chez SPDO, un grossiste de piĂšces de rechange d’origine issues de la rĂ©cupĂ©ration, opĂ©rant au Maroc.

 Flairant le bon filon, cette entreprise a ouvert, il y a deux ans, une antenne Ă  Casablanca pour importer des piĂšces de rechange de voitures europĂ©ennes. Cependant, ces derniers mois, les droits de douane ont augmentĂ© de 10% Ă  20%, selon le type et la catĂ©gorie de moteur. Cette hausse est rĂ©percutĂ©e sur les semi-grossistes qui la transfĂšrent, Ă  leur tour, au client final. Pour les revendeurs, le plus dur n’est pas d’importer des piĂšces auto d’occasion, mais de le faire au moindre coĂ»t.

 A cela s’ajoute un autre problĂšme : « La situation est devenue plus compliquĂ©e depuis que les services douaniers n’acceptent plus le certificat d’origine (EUR1), qui nous permet de bĂ©nĂ©ficier de rĂ©ductions douaniĂšres sur la marchandise en provenance de l’Union europĂ©enne », explique El Mostafa Belhouari, membre de la filiale casablancaise de IchaĂą, association des importateurs et revendeurs de piĂšces dĂ©tachĂ©es d’automobiles de rĂ©emploi.

 Un autre manque Ă  gagner de l’ordre de 40%. Mais les membres de l’association disent comprendre que l’origine des piĂšces dĂ©tachĂ©es ne soit pas facilement identifiable, surtout pour des piĂšces automobiles issues de vĂ©hicules en circulation en France ou en Europe. Manque de chance pour Hassan E. puisque c’est lui qui payera la diffĂ©rence.

 

Circuits parallĂšles

Face au renchĂ©rissement constant des piĂšces d’origine de rĂ©cupĂ©ration, les automobilistes, comme certains professionnels d’ailleurs, cherchent des alternatives qui se rĂ©vĂšlent parfois ĂȘtre Ă  la limite de la lĂ©galitĂ©. Les Marocains rĂ©sidant Ă  l’étranger offrent, depuis des annĂ©es, une alternative low cost pour les piĂšces de rechange de rĂ©cupĂ©ration.

 

Il y a quelque temps encore, Taourirt se positionnait encore comme la plaque tournante des piĂšces de rechange d’origine, d’occasion. La majeure partie des professionnels et particuliers s’y approvisionnaient. « Avec le temps, ils se sont rendu compte que les piĂšces qui circulaient Ă  Taourirt Ă©taient de qualitĂ© moyenne, destinĂ©es, Ă  la base, au marchĂ© espagnol », se rappelle Mohammed Rachidi. Aujourd’hui, les professionnels de MeknĂšs, de FĂšs et mĂȘme de LaĂąyoune prĂ©fĂšrent venir Ă  Casablanca pour s’approvisionner.

 Al Hoceima est connue pour alimenter, en piĂšces de rechange, une bonne partie du parc des grands taxis du Royaume. « Il suffit de s’y rendre avec son taxi pour y monter sur place tous les Ă©lĂ©ments que l’on veut », partage un chauffeur de taxi. Les salons intĂ©rieurs, les tableaux de bord et mĂȘme les blocs moteurs peuvent ĂȘtre montĂ©s sur place. « C’est simple et le taxi est retapĂ© Ă  neuf », explique notre chauffeur. Si Al Hoceima est Ă  la mode, c’est parce que Casablanca ne peut plus satisfaire toute la demande. Avec plus de 8 000 taxis blancs qui y circulent, les professionnels de Sidi Moumen, Sbata et Hay Hassani ne savent plus oĂč donner de la tĂȘte. « MĂȘme Ă  El Gara et Berrechid, les piĂšces se font rares aujourd’hui », confie un revendeur.

 Un peu moins connue, une autre technique se dĂ©veloppe Ă  grande vitesse et permet Ă  bon nombre d’automobilistes de changer les piĂšces de leur vĂ©hicule Ă  des prix trĂšs abordables. La technique est simple : « Il suffit de transvaser l’un dans l’autre. » La combine consiste Ă  acheminer de l’étranger un vĂ©hicule identique Ă  celui du client. Une fois au Maroc, toutes les piĂšces dont l’automobiliste a besoin sont prises du vĂ©hicule Ă©tranger et montĂ©es dans la voiture marocaine, et vice-versa. Une fois l’opĂ©ration terminĂ©e, le vĂ©hicule Ă©tranger repasse les frontiĂšres pour ĂȘtre abandonnĂ© ou envoyĂ© Ă  la casse.

 Cette opĂ©ration, Ă  la limite de la lĂ©galitĂ©, permet d’éviter les frais de douane. « MĂȘme sans ĂȘtre connaisseur, on sait que les piĂšces ou le moteur sont en bon Ă©tat puisqu’ils ont permis au vĂ©hicule de traverser les frontiĂšres. En plus, le prix est nettement plus bas », explique un automobiliste.

 Ces pratiques, Rachid El Bettal, prĂ©sident de l’Association marrakchie des importateurs de piĂšces de rechange et composants d’occasion pour automobiles, les perçoit comme une menace pour sa profession. « Aujourd’hui, nous sommes cinq cents Ă  travailler en respect avec la lĂ©gislation.

 Chacun de nous emploie en moyenne quatre personnes. Au total, ce sont un peu plus de deux mille familles qui vivent de ce mĂ©tier », partage-t-il. A Casablanca, les chiffres sont beaucoup plus Ă©levĂ©s. Entre Sidi Moumen, Sbata et Hay Hassani, prĂšs de deux mille commerces se sont spĂ©cialisĂ©s dans les piĂšces de rechange de rĂ©cupĂ©ration, totalisant prĂšs de huit mille emplois directs et autant d’emplois indirects.

 Des piĂšces certifiĂ©es

Au-delĂ  de l’impact social, une autre menace pĂšse sur la profession. « Notre secteur est dĂ©jĂ  mis Ă  mal par le lobby trĂšs puissant des importateurs de piĂšces de rechange adaptables.

 L’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA) pĂšse, en effet, de tout son poids pour dĂ©crocher l’interdiction d’importer certaines piĂšces et accessoires de rechange pour automobiles », affirme Belhouari.

 En soi, cette dĂ©cision serait absurde. Les piĂšces de rechange de rĂ©cupĂ©ration sont Ă  mi-chemin entre l’adaptable et le neuf d’origine. Elles sont plus robustes que les premiĂšres et moins chĂšres que les secondes.

 A titre d’exemple, une culasse neuve pour l’utilitaire de Hassan  coĂ»terait 12 000 dirhams chez le concessionnaire. « Je pourrais lui vendre la mĂȘme d’occasion, Ă  2 500 dirhams », affirme Belhouari. Le choix est vite fait.

 Mais le prix n’est pas le seul argument des professionnels de la piĂšce de rĂ©cupĂ©ration. « Les piĂšces que nous importons sont dĂ©polluĂ©es et ne nuisent, en aucun cas, Ă  l’environnement. Une expertise systĂ©matique est opĂ©rĂ©e avant l’importation et un certificat nous est fourni sur place », assure un importateur sexagĂ©naire qui se dĂ©place encore rĂ©guliĂšrement en France pour se fournir.

 

Autre argument de l’Association contre l’interdiction, et non des moindres : la libertĂ© de choix des consommateurs. « Nous interdire l’import et la vente de certaines piĂšces de rechange serait limiter l’offre sur le marchĂ©. Or, la libertĂ© pour le consommateur de choisir une source d’approvisionnement est un vecteur de dĂ©mocratisation du commerce au Maroc », analyse un membre de l’association IchaĂą.

 

Abdelhafid Marzak

D’une combine à l’autre

 

Certains revendeurs se sont improvisĂ©s importateurs, s’adossant Ă  leurs rĂ©seaux et membres de la famille Ă©tablis en Europe pour dĂ©velopper un circuit d’importation. La marchandise arrive au Maroc, le plus souvent, via le port de Tanger. « La douane y est moins regardante », reconnaĂźt Mohammed Rachidi. A titre d’exemple, les blocs moteurs sont dĂ©montĂ©s avant d’ĂȘtre introduits au Maroc, ce qui permet de minimiser le montant des droits de douane. Les diffĂ©rentes piĂšces sont donc introduites sĂ©parĂ©ment, puis assemblĂ©es de nouveau, une fois au Maroc. Une pratique Ă  la limite de la lĂ©galitĂ©, mais qui permet de proposer des piĂšces Ă  la portĂ©e des automobilistes. Mieux encore, « certains moteurs diesel sont introduits au Maroc comme Ă©tant des piĂšces essence, pour bĂ©nĂ©ficier de droits douaniers encore plus bas », affirme Rachidi. Bien entendu, de telles combines dĂ©plaisent aux importateurs qui opĂšrent dans la lĂ©galitĂ©. Ces derniers sont tenus de s’acquitter de frais de douane allant de 150 000 dirhams Ă  200 000 dirhams par conteneur.  

A.M.


RĂ©habiliter dans le but  de revaloriser

 

Pour prĂ©server leur gagne-pain, les professionnels sont en contact permanent avec diffĂ©rentes administrations comme les ministĂšres de l’Industrie, du Commerce extĂ©rieur, de l’IntĂ©rieur. « Notre objectif est de mieux structurer notre marché », affirme Rachid El Bettal. Dans cette optique, les professionnels de Casablanca, Ă©tablis Ă  Sbata, veulent que leur zone soit rĂ©habilitĂ©e. « Nous manquons d’électricitĂ©, d’évacuation pour les eaux usĂ©es et de services municipaux. L’Etat devrait nous permettre d’exercer dans de bonnes conditions, d’autant que nous payons nos taxes et que nous dĂ©clarons nos salariĂ©s », fait remarquer Belhouari. Revaloriser ce secteur faciliterait, Ă  coup sĂ»r, le basculement des unitĂ©s informelles vers le formel avec un contrĂŽle plus efficace de l’Etat. 

A.M.

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