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Smig,  le salaire de la peur
actuel n°121, vendredi 16 décembre 2011
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Jouer uniquement sur le Smig n’aura pas d’impact sur le niveau de vie de ceux qui en vivent. Les plus dĂ©favorisĂ©s le resteront faute d’accĂšs aux soins de santĂ©, Ă  l’éducation, Ă  l’emploi. Autant commencer par lĂ  pour faciliter l’accĂšs au plus grand nombre.


Relever le Smig Ă  3 000 dir-hams est l’une des promesses Ă©lectorales phares du PJD. Si cette proposition est retenue, « l’impact sur l’économie nationale sera plus que dĂ©vastateur », prĂ©viennent des Ă©conomistes.

Avis partagĂ© par le haut-commissariat au Plan (HCP). Celui-ci a dĂ©jĂ  tirĂ© la sonnette d’alarme quand le Smig a Ă©tĂ© augmentĂ© de 10%, soit un peu plus de 200 dirhams, en juillet dernier, par le gouvernement El Fassi, sous la pression des syndicats. Ce qui devrait se traduire, selon les pronostics du HCP, par une perte continue d’emplois.

En 2013, 16 000 postes pourraient disparaĂźtre contre 96 890 emplois en 2015. Autre consĂ©quence attendue : la dĂ©gradation de la balance commerciale et l’aggravation du dĂ©ficit budgĂ©taire en 2011. Mais le PJD veut aller encore plus loin en boostant le Smig de 31% !

Au-delĂ  de l’impact nĂ©gatif de cette mesure Ă©lectoraliste sur les indicateurs macroĂ©conomiques Ă©troitement suivis par les bailleurs de fonds et agences de notation internationales, il y a lieu de se demander si elle revĂȘt un impact rĂ©el sur le niveau de vie des mĂ©nages. Sur le terrain, de nombreuses familles perçoivent un revenu proche de 3 000 dirhams mais peinent Ă  en vivre dĂ©cemment. Comment s’en sortent-elles au quotidien ? Les tĂ©moignages sont Ă©difiants.

Pour Rachid E., 32 ans, employĂ© de cuisine dans un hĂŽtel Ă©toilĂ© de la place, la solution est simple. Son Ă©pouse doit participer aux finances du couple. « Mon salaire de 3 000 dirhams n’est pas suffisant pour vivre correctement. J’ai un enfant de 8 ans qui mobilise une bonne partie de mon revenu. Nous avons dĂ» improviser », explique-t-il.

Pour concilier travail et responsabilitĂ© au foyer, son Ă©pouse a choisi la vente Ă  domicile de produits cosmĂ©tiques. « C’est la tendance. Je m’appuie sur mon rĂ©seau d’amies pour recruter de nouvelles clientes », confie-t-elle.

De son cĂŽtĂ©, Rachid avoue, non sans fiertĂ©, que sa femme est dynamique et s’en sort trĂšs bien. « Au dĂ©but, sa clientĂšle Ă©tait essentiellement fĂ©minine. Aujourd’hui, elle propose des produits pour hommes. Ce n’est pas encore trĂšs demandĂ© mais ça viendra. » Lui essaye de son cĂŽtĂ© d’aider dans la mesure du possible.

Les week-ends, il n’hĂ©site pas Ă  faire des extras. Travailler comme serveur lors des cĂ©rĂ©monies de mariage est vite devenu une source complĂ©mentaire de revenus, plus ou moins stables. En cas de besoin, sa mĂšre prend en charge la garde de l’enfant, le temps pour les deux parents de finir leur travail. Rachid peut s’en sortir car sa petite famille habite chez ses parents.

Mostapha A., 29 ans, est cĂ©libataire et ne compte pas se marier de sitĂŽt. Il est technicien en Ă©lectricitĂ© dans une entreprise internationale installĂ©e au Maroc. Il ne s’y trompe pas. « Me marier impliquerait que j’habite avec mes parents. C’est hors de question », affirme-t-il. Et pour cause, son frĂšre aĂźnĂ©, lui aussi dans la mĂȘme situation, l’a dĂ©jĂ  devancĂ© sur ce plan. « Mon frĂšre, sa femme et leur enfant habitent avec mes parents. Nous habitons tous dans un appartement qui nous suffit Ă  peine », confie-t-il.

 

MĂȘme si la durĂ©e maximale de travail autorisĂ©e par le code du travail est de 44 heures par semaine, Mostapha en cumule facilement 50. C’est le seul moyen d’atteindre les 3 000 dirhams par mois. Entre les frais de transport, les charges quotidiennes, la cotisation familiale mensuelle de 500 dirhams et la prise en charge des frais de scolaritĂ© de sa sƓur de 7 ans, chaque centime dĂ©pensĂ© compte.

« Si je ne fais pas comme ça, Ă  la fin du mois, mon salaire sera encore plus ridicule. » Il sait de quoi il parle : aprĂšs cinq ans de dur labeur, il est criblĂ© de dettes. Selon Mostafa, le salaire minimum pour mener une vie dĂ©cente Ă  Casablanca est de 7 000 dirhams. Et il ne fondera une famille que si son salaire passe Ă  9 000 dirhams ou si son Ă©pouse travaille.

De plus, le jeune homme sait qu’il est sur un siĂšge Ă©jectable et qu’il peut ĂȘtre licenciĂ© Ă  tout moment. « Bien que je travaille depuis maintenant cinq ans dans cette entreprise, chaque semestre, je signe un nouveau contrat de travail saisonnier. »

Changer d’employeur n’est pas non plus une option pour l’instant. « Si une entreprise internationale procĂšde ainsi, qu’en est-il des structures nationales ?», se demande Mostapha. Une question aussi pertinente que rĂ©vĂ©latrice du dĂ©sespoir et de la prĂ©caritĂ© dans lesquels vit ce jeune Ă©lectricien.

A 35 ans, Fouad L., mariĂ©, partage encore un appartement avec 3 cĂ©libataires. « Ma femme est restĂ©e Ă  MeknĂšs, avec ses parents. Je la rejoins tous les quinze jours », confie ce magasinier dans une entreprise de piĂšces de rechange pour engins BTP. Trouver un appartement proche de son lieu de travail n’est pas chose facile, surtout quand le budget est limitĂ©. Le minimum pour louer est de 2 000 dirhams.

« De mes 3 000 dirhams mensuels, il ne m’en resterait plus que 1 000 pour vivre », dĂ©plore Fouad. En prenant en compte la facture d’eau et d’électricitĂ©, cela revient Ă  un budget de « fonctionnement » de 30 dirhams par jour, dont 15 pour le transport, sans compter les dĂ©penses exceptionnelles (maladies, voyages, vĂȘtements, etc.).

Sa femme, elle, n’a pas fait beaucoup d’études. Il lui sera difficile de trouver du travail. Petit Ă  petit, plutĂŽt que de dĂ©nicher un appartement bon marchĂ© ou de trouver un emploi pour sa femme, il envisage la colocation avec un couple de jeunes mariĂ©s. « C’est pratique, Ă  condition de tomber sur la perle rare : un couple de pratiquants », explique Fouad.

Question intimitĂ©, il ne faut pas ĂȘtre trop exigeant. Fouad ne croit pas une seconde qu’il trouvera un jour un emploi stable et bien payĂ©. C’est pourquoi il entretient secrĂštement son rĂȘve de devenir son propre patron, en capitalisant sur son expĂ©rience. Il s’active pour trouver le financement nĂ©cessaire auprĂšs de sa famille afin de rĂ©aliser son projet.

Il n’est pas question pour lui de faire appel aux banques ni Ă  Moukawalati. Arguant que ces concepts n’ont rien de « halal », Fouad est aussi persuadĂ© qu’un projet sans apport en fonds propres solides est vouĂ© Ă  l’échec. Ses anciens collĂšgues en ont fait l’expĂ©rience. Au bout de cinq ans, ils ont dĂ» fermer boutique tout en continuant de rembourser leurs crĂ©dits.

Abdelhafid Marzak

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