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C’est à la CMOOA, galerie de Rabat, que ça se passe et ça vaut vraiment le détour. Zoom sur les œuvres d’une femme n’ayant pas son corps dans sa poche…
Meriem Bouderbala aime troubler son public, il n’y a aucun doute làdessus. Ses trois séries de portraits intitulées : Etoffes cutanées, Bédouine et Chutes éclairages, sont lourdes de sens mais aussi d’angoisses. Des angoisses de femmes enclavées par des diktats sociaux et qui assistent impuissantes à leur emmurement.
Ayant choisi d’utiliser son propre corps comme modèle, la belle Tunisienne transgresse les tabous en s’offrant quasiment nue aux yeux du profane, mais reste « sous certains angles » fidèle à sa pudeur arabe. Voiles, démultiplications d’images, ombres et lumières floues coïncident sur chaque photographie pour donner naissance à des spectres, des dames blanches, tantôt vengeresses, tantôt éplorées, rompant avec cette lascivité attribuée d’office aux Orientales.
Car après s’être largement intéressée aux grands noms du mouvement orientaliste, elle a puisé dans leurs travaux une inspiration contraire et profondément féministe, n’ayant plus rien à voir avec les stéréotypes d’un Bain turc ingréen... Bracelets et khalkhals prennent ici l’aspect de menottes et de boulets, au moment même où les étoffes s’assimilent étrangement aux linceuls d’êtres socialement morts.
Sud et Nord
« Je fais de mon corps, de son exhibition photographique altérée, bouleversée, une scène, un praticable éphémère pour une tragédie sans origine et qui n’a pas de fi n » Le but ? Sonner l’alarme et inciter une femme un peu trop esclave des conventions, à prendre les rênes de sa destinée. Tout un programme pour cette lauréate des Beaux-arts d’Aix-en-Provence et de l’Ecole d’art de Chelsea à Londres, ayant déjà présenté ses œuvres à Rabat en mai dernier.
Egalement peintre et sculpteur, Meriem Bouderbala vit et exprime son talent au moyen d’un perpétuel va-et-vient entre différents supports artistiques et plusieurs types de matériaux. Grande partisane d’une création « Sud », qu’elle trouve plus conforme à ses réalités sociales et culturelles, l’artiste a de tout temps appelé à un effort collectif, allant justement dans le sens d’une démarcation salvatrice : le Sud doit arrêter de copier le Nord.
Une référence au fameux concept du Devenir minoritaire et à tous ces artistes du tiers-monde qui peinent un peu trop souvent à se faire une place à l’échelle internationale. La Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA), qui compte accentuer son travail autour des figures de proue de la scène arabe, ouvre ainsi le bal avec le travail de cette dame hors du commun.
Sabel Da Costa |