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L’horreur carcérale
actuel n° 96, vendredi 27 mai 2011
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Des prisonniers livrés à eux-mêmes, des matons dépassés ou corrompus, une administration opaque et des politiques qui s’en lavent les mains… L’état des prisons est un scandale permanent.
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Une situation toujours très tendue dans la prison Zaki de Salé, un nombre insuffisant de gardiens, un manque de places préoccupant, un taux de récidive alarmant, une inégalité flagrante entre l’incarcération dans les métropoles et les geôles des zones enclavées… Le dernier rapport de l’Observatoire marocain des prisons (OMP) remet les prisons sous le feu de l’actualité.
Une omerta totale règne sur les pratiques des établissements pénitenciers. Les détenus sont maintenus dans un espace en tension perpétuelle. De multiples manœuvres et transactions s’y jouent pour maintenir un équilibre précaire entre des criminels qui font la loi par la force de l’argent, ou la force tout court, et des matons mal payés, démotivés, qui n’hésitent pas à se payer sur « la bête ». Des témoignages publiés par des détenus sur YouTube laissent parfois transpirer des informations sur les drames qui se tissent dans une atmosphère de bagne.
Le problème : ce ne sont pas les politiques mais les sécuritaires qui font les politiques pénitentiaires. L’IER a soldé les années de plomb et enterré, par la même occasion, l’emprisonnement pour délit d’opinion.
Et les pratiques carcérales sont depuis lors occultées. Certes, la Fondation Mohammed V pour la réinsertion des détenus a une action bénéfique, mais la société punitive continue de se fier au savoir-faire de gardiens rompus à la vieille école ; celle où l’on exige un droit de passage pour obtenir un lit décent, une cellule spacieuse… Le droit de cuissage et le racket institutionnalisé sont toujours pratiqués.
Des problèmes gérés en vase clos
L’explosion des licenciements et les mesures disciplinaires dans les rangs des matons montrent pourtant que la hiérarchie est consciente de ces problèmes même s’ils restent gérés en vase clos. Avec la nomination de Hafed Benhachem à la tête de l’administration pénitentiaire, les défenseurs des droits de l’homme pensent que les prisons ont gagné… en opacité.
Concernant les critiques émises sur le rapport de l’OMP et le manque d’informations détaillées sur ce qui se passe à l’intérieur des prisons, Me Abderrahim Jamaï en rejette la responsabilité sur l’administration de Hafed Benhachem, qui ne joue pas la transparence vis-à -vis de l’opinion publique.
« Il y a une politique de verrouillage de l’information qui va à l’encontre du droit d’accès le plus élémentaire à l’information ; l’administration pénitentiaire sous Benhachem se fonde sur l’obsession sécuritaire », déclare-t-il.
Réponse du berger à la bergère
Mustapha Baris, inspecteur général des prisons, explique que « la prédominance de la sécurité à l’intérieur des prisons n’est pas un objectif en soi, mais une conformité des détenus à la loi. Ce n’est pas une approche sécuritaire de la gestion des prisons. Il faut avouer aussi que la surpopulation est un handicap pour toute tentative d’introduction des programmes extérieurs des ONG ».
La cartographie du monde carcéral épouse celle du Maroc inutile, les prisons les moins bien loties se situant dans le nord du pays. Oued Laou, Tétouan, Chefchaouen, des zones de non-droit où les barons de la drogue règnent en maîtres, et où les prisonniers sont contraints de monnayer le moindre service.
Un monde impitoyable où le taux de récidive est plus élevé qu’ailleurs, car les résidents sont pour la plupart des junkies en puissance qui, une fois dehors, s’arrangent pour revenir le plus vite possible.
D’une manière générale, les prisons explosent sous le poids de la récidive. Sur trois détenus relâchés, un retourne à la case départ en moins d’une année. L’incompétence des politiques à résoudre le problème de l’emploi est patente concernant des citoyens sans casier, que dire alors d’un ancien taulard qui traîne un lourd passé ?
On oublie souvent que la population carcérale est, dès le départ, précarisée et désocialisée. Même les associations qui se battent pour leur réinsertion reconnaissent la difficulté d’accompagner les détenus lors de leur libération, par manque de moyens mais aussi parce que les mentalités freinent fortement ces missions d’insertion, qui font pourtant partie des priorités de l’administration pénitentiaire.
La solution ? L’expérience a montré ailleurs que les peines alternatives à l’incarcération étaient efficaces pour répondre au problème de surpopulation dans les prisons, favoriser la réinsertion et réduire les risques de récidive. Un débat s’impose autour de cette question sauf que les prisonniers sont de mauvais clients pour les politiques, car ils ne constituent guère un vivier électoral séduisant.
Abdellatif El Azizi
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Monde carcéral : Le rapport de l’OMP est sans appel
Engorgement des prisons, harcèlement sexuel, consommation de drogue, corruption, transferts abusifs, maladies, suicides : le quotidien des prisons est accablant.
C’est un véritable tableau noir du monde carcéral que dresse le dernier rapport de l’Observatoire marocain des prisons (OMP). Selon ce rapport dévoilé le 12 mai à Rabat, la population carcérale a enregistré une hausse de 2% au cours d’une seule année, passant de 51 623 personnes en septembre 2009 à 63 124 en septembre 2010.
Les responsables de l’OMP soulignent d’ailleurs que cette surpopulation demeure l’un des principaux problèmes des prisons marocaines. Le chiffre définitif avoisine les 80 000 détenus si on prend en compte les personnes en détention provisoire. Ce total est composé de 97% d’hommes et de 2,5% de femmes.
Les prévenus représentent 42% contre 58% pour les personnes déjà condamnées. Les crimes financiers représentent plus de 27% des peines purgées et le trafic de drogue 27,05% ; on retrouve en troisième place les crimes contre les personnes et, enfin, les crimes contre la sûreté et l’ordre public avec 14,38%.
La lecture qualitative des données chiffrées est encore plus frappante : la moitié des 80 000 prisonniers ont moins de trente ans ; 80% sont analphabètes ou présentent un faible niveau d’instruction ; 90% sont chômeurs ou pratiquent de petit métiers.
Un autre chiffre est fortement révélateur des dysfonctionnements : chaque détenu bénéficie d’un espace de 1,5 mètre carré, alors que la norme internationale varie entre 3 et 6 mètres carrés. Concernant le taux de récidive au Maroc, il avoisine les 30%, soit un total de 18 508 détenus actuellement.
Bombe à retardement
Selon le rapport de l’OMP, les prisons au Maroc offrent l’image sombre d’un monde fermé sur lui-même et sur sa population. Au cours des années 2009-2010, l’Observatoire a traité les plaintes et doléances de 131 prisonniers, portant essentiellement sur les mauvais traitements et tortures (23% des cas), la santé des prisonniers (12%), le rapprochement avec la famille (14%), et enfin sur les conditions d’incarcération.
Car dans les soixante prisons du Royaume, la concentration des effectifs fait de la détention un enfer. A titre d’exemple, la prison Sidi Moussa d’El Jadida connaît une surpopulation de plus de 50% de sa capacité.
Cette prison accueille 1 500 détenus au lieu de 1 000. La prison d’Al Hoceima connaît toujours une situation explosive (à hauteur de 200%). Dans le palmarès des prisons surpeuplées figurent aussi les prisons de Kelaât Sraghna, Inezgane, Beni Mellal, Tétouan, Safi, Marrakech et Taza.
Sur cette question, le dernier rapport de l’AMDH a tiré la sonnette d’alarme : « Si la capacité d’accueil des prisons au Maroc ne dépasse guère 40 000 places, le nombre des détenus dépasse parfois les 76 000. L’application des peines se transforme en un véritable enfer, car le dispatching des prisonniers n’obéit qu’au clientélisme et à la corruption. »
Drogue et corruption
Autre tare, le phénomène de la drogue dans le milieu pénitencier reste très répandu au Maroc. Selon le rapport, cette situation est due essentiellement aux familles des détenus mais elle est facilitée par la corruption des gardiens. Selon Me Abderrahim Jamaï, vice-président de l’OMP, la responsabilité de l’usage de drogues en milieu carcéral relève de l’administration en premier lieu.
Le sociologue Noureddine Saoudi décrypte la situation : « Il faut savoir que dans de nombreuses prisons (Casa, Tanger, Tétouan,..), les personnes, détenues et condamnées pour trafic de drogue, arrivent en tête du classement par délit de la population carcérale. Pour les fonctionnaires aux conditions salariales dérisoires, c’est un moyen ‘‘facile’’ d’arrondir des fins de mois sensibles.
En outre, la drogue devient un catalyseur de violence, pour les accros qui sont en manque, et pour les barons et dealers qui sont en compétition pour s’accaparer le ‘‘marché’’ et le contrôler. »
Sauf que le tout-sécuritaire de l’administration pénitentiaire, malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics pour améliorer le quotidien des prisonniers, plombe sérieusement le rôle premier de la prison. Celle-ci devrait être un tremplin pour la réinsertion et non pas une école du crime.
Des défenseurs des droits de l’homme, tel maître Jamaï, évoquent largement l’aspect sécuritaire de l’univers carcéral comme l’un des blocages majeurs de l’amélioration de la situation à l’intérieur des prisons.
« On a multiplié le béton, les grilles de séparation, on a tout sacrifié à la sécurité dans les prisons. Or, la sécurité à tout bout de champ est souvent inadaptée et parfois contre-productive. Elle heurte souvent et plus sûrement la dignité des détenus », assure-t-il.
Partant de ce constat, l’OMP a recommandé la révision de la politique punitive et l’adoption de peines alternatives non privatives de liberté, la reconnaissance du droit des ONG au suivi des situations des prisonniers et la révision de la loi relative à la gestion et au fonctionnement des établissements pénitentiaires.
Une chose est sûre, les prisons au Maroc sont hautement mortelles : 133 cas de décès ont été enregistrés en 2009 par l’administration pénitentiaire. Les causes sont certes diverses, mais on constate avec inquiétude que les maladies sont talonnées de très près par le suicide.
Mohamed El Hamraoui
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Oukacha : Au cœur de la prison VIP
Le fossé avec les autres geôles dépasse le simple confort matériel. Voyage dans un monde de détenus de luxe.
Si Dominique Strauss-Kahn avait été interpellé au Maroc, il aurait certainement été logé à Oukacha. C’est l’unique prison du pays en mesure d’accueillir ce type de célébrité sans rougir. Non seulement parce que les bâtiments sont quasi neufs mais surtout parce que les gens de la haute y sont comme coq en pâte.
A Oukacha, le célèbre complexe pénitentiaire de Casablanca, mieux vaut avoir les moyens pour être hébergé dans le pavillon surnommé à juste titre le « Quartier européen » ou « Quartier VIP ».
Il est vrai que l’aile en question pullule de détenus étrangers où sont représentées toutes les nationalités, des Chinois aux Américains en passant par les Russes. A Oukacha, l’accueil des personnalités condamnées est une « spécialité » de la maison.
Un régime cinq étoiles
Depuis son ouverture, c’est là que résident les détenus les plus célèbres du Royaume. Un véritable annuaire mondain, que viennent compléter tous ceux que leur métier ou leur position sociale exposent plus que d’autres, lorsqu’ils sont incarcérés : policiers, agents d’autorité, avocats.
Abdelmoughit Slimani, ancien président de la Communauté urbaine de Casablanca et beau-frère de Driss Basri, Abdelaziz Izzou, ancien directeur de la Sécurité royale, le commissaire Jalmad, Chrif Binlouidane, baron de la drogue notoire, sans compter quelques illustres inconnus au portefeuille bien garni…
Des hommes d’affaires, tombés pour des affaires de chèques sans provision, ballottés au gré des instructions, mais qui seront mieux lotis que le commun des mortels, les détenus de droit commun. Sauf exception, durant la détention provisoire et en cours de procès, comme c’est le cas de Rachid Niny – soumis, lui, au pain sec pour l’instant -, la plupart des VIP ont droit au régime cinq étoiles.
« Ces prisonniers de haut rang n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils sont dans des cellules spacieuses en compagnie du minimum de codétenus, qu’ils choisissent le plus souvent eux-mêmes. Ils ont droit à la lecture de journaux, à des séances de gymnastique, aux promenades, au téléphone portable, au wifi, et même à des rencontres avec d’autres détenus en salle d’activités », s’indigne un détenu pour chèque sans provision qui, lui, est obligé de partager sa cellule avec une douzaine de malabars à la mine patibulaire.
Le fossé séparant les VIP des autres prisonniers dépasse le simple confort matériel. Ils ont accès aux soins de santé avant tout le monde. Ces détenus, tout VIP qu’ils soient, ne sont pas épargnés par la détresse de l’incarcération mais ils ont au moins un avantage. Ils trouveront toujours un médecin complaisant pour leur prescrire du Lexomil, ou quelque chose de plus fort.
Leurs bobos sont traités en priorité et, jusqu’à une date récente, une grosse liasse permettait à ceux qui le voulaient de passer quelques mois, voire quelques années, dans une chambre d’hôpital où ils recevaient épouses et enfants.
La pratique aurait été bannie en 2007 après l’évasion spectaculaire, en mai 2006, de Mourad Bouziani, un baron de la drogue condamné à vingt ans de prison, de l’hôpital Ibn Rochd à Casablanca où il se rendait pour une consultation.
D’après nos sources, peu nombreux et plutôt calmes, les « pipoles » de la geôle sont bien intégrés. « Polis, éduqués, ils respectent les convenances et inspirent confiance en raison de leur passé prestigieux. C’est normal qu’ils bénéficient de plus d’égards qu’un grossier pickpocket ou qu’un sérial killer », se défend un ancien maton à la retraite qui réfute la théorie du pot-de-vin.
Abdellatif El Azizi
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Prison Zaki : L’école du jihad
La gestion calamiteuse du dossier des salafistes a transformé le centre carcéral de Salé en poudrière.
La date : le 16 mai. Le lieu : la prison Zaki de Salé. Les acteurs : une trentaine de détenus salafistes qui se sont mutinés avant de prendre en otage des gardiens, menaçant de les tuer. Les missions de bons offices n’ayant pas eu de succès, les forces de l’ordre ont lancé des bombes lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc pour disperser les mutins, qui ont riposté à coups de pierres et de barres de fer.
Le corps à corps a duré jusqu’à l’aube et fait plusieurs blessés graves de part et d’autre. Depuis, c’est la guerre des chiffres entre les salafistes qui parlent de 130 blessés et Hafid Benhachem qui traite ces dires de « mensonges » et avance le chiffre de « deux ou trois blessés, tout au plus » dans les rangs des islamistes.
Reda Benothman, coordinateur des associations de défense des salafistes, a convoqué une conférence de presse le mardi 24 mai pour expliquer que « ce sont les services qui ont créé ces incidents pour empêcher l’Etat de relaxer un autre groupe de salafistes dans le cadre de la réconciliation ».
La polémique qui enfle ne fait que jeter la lumière sur une grossière erreur de casting commise par les autorités dans leur gestion calamiteuse du dossier salafiste. Il paraît clair aujourd’hui que ces islamistes ont été victimes, pour la plupart, d’une justice d’abattage. Et le fait de les avoir parqués dans la prison de Salé a créé une sorte de territoire privilégié, avec ses propres règles qui échappent à celles de l’administration pénitentiaire.
L’Etat piégé ?
Au moment où les autorités se sont rendu compte de leur bévue, elles ont bien tenté de se rattraper en transférant, à plusieurs reprises, des leaders charismatiques, comme Abou Hafs, d’une prison à l’autre. Elles les ont soumis à un isolement drastique avec confiscation des téléphones portables (pourtant interdits en prison) pour les empêcher de communiquer entre eux.
Un spécialiste du prêche radical comme Zakaria Miloudi a connu toutes les prisons du Royaume, en raison de la facilité incroyable avec laquelle il arrivait à s’entourer de disciples malléables. « Contrairement à ce que l’on pense, ce sont les voyous notoires et autres loubards invétérés qui sont le plus sensibles aux arguments des salafistes, qui non seulement leur proposent de sauver leur âme mais s’occupent également de leur prise en charge matérielle », explique le politologue Saïd Lakhal.
Pourquoi l’Etat traîne-t-il des pieds pour solder le dossier des salafistes en prison ? Pour une raison très simple, les pouvoirs publics ont compris sur le tard le danger des rafles sans sommation, organisées à l’époque par les équipes de Hamidou Laânigri mais, aujourd’hui, tout ce beau monde – même ceux qui n’avaient rien à voir avec les jihadistes – s’est radicalisé à l’intérieur des prisons.
Relâcher ces salafistes aigris par tant d’années d’injustice serait hautement dangereux. Une source sécuritaire précise que les islamistes sont en compétition serrée avec les autorités. « On pense qu’ils sont peu nombreux, parmi les plus durs, à avoir abandonné leur idéologie radicale.
Ils sont très bien organisés et leur stratégie est d’une redoutable efficacité puisqu’ils recrutent à l’intérieur des prisons, même dans les rangs des détenus de droit commun, et ils prennent en charge leurs camarades dès qu’ils sont libérés. » Autrement dit, la prison est devenue une véritable école du jihad.
Abdellatif El Azizi
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Trois questions à …
Assia El Ouadie, magistrat, membre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.
« Le plus grand défi est de changer les mentalités »
Â
Dans la plupart des rapports concernant les prisons au Maroc, la récidive fait partie des problèmes qui minent l’univers carcéral. Pourquoi le taux de récidive est-il aussi élevé ?
Le taux de récidive est élevé en raison de plusieurs facteurs dont le plus important est le recours systématique à la garde à vue, même dans des cas où les prévenus ne constituent pas un danger majeur pour la communauté et présentent des garanties solides.
La seconde raison est conséquente à la longueur des procès. Il y a ainsi nombre d’affaires où les prévenus sont reconnus innocents après avoir passé des mois, voire des années derrière les barreaux à attendre l’issue du procès.
Â
Y a-t-il des propositions afin de limiter l’effet désocialisant de l’incarcération, mais aussi de soustraire les condamnés aux contacts criminogènes pouvant entraîner la récidive ?
Tous les rapports rédigés par le Conseil national des droits de l’homme insistent sur les mesures à adopter d’urgence pour limiter la récidive. Il s’agit évidemment d’amener les juges à ne pas recourir systématiquement à la garde à vue et à mettre en place des sanctions autres que la mise derrière les barreaux, comme cela est courant dans les pays développés.
Â
A votre niveau, quelles sont les difficultés que vous éprouvez lors de l’accompagnement et l’insertion des personnes libérées ?
Le plus grand défi est de changer les mentalités. La société est très dure envers les personnes qui ont fait de la prison. On aide les détenus à se focaliser sur des activités plus orientées vers l’insertion, pour préparer leur sortie. Avoir une activité professionnelle répond à cet objectif, sauf qu’une fois dehors, l’ancien détenu est totalement rejeté par le monde du travail comme il est rejeté par la société.
Avec une bonne politique d’accompagnement et des mesures d’insertion efficaces, on peut ramener le taux de récidive en matière criminelle à moins de 3%, au lieu du chiffre effarant de 30% selon une étude réalisée par la fondation Mohammed VI pour l’insertion des détenus. Pour lutter efficacement contre la récidive, je pense qu’il faut préparer en amont la sortie des condamnés. Le gros problème aujourd’hui, c’est la paupérisation et l’isolement de la population carcérale. A la sortie, les gens sont souvent dans des situations dramatiques, la société est beaucoup moins tolérante et les familles ne sont pas toujours prêtes à prendre en charge l’un des leurs qui sort de prison.
Propos recueillis par A.E.A.
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Drogue et prisons
Haschich Connection
Qui se rappelle encore de Mohamed El Ouazzani, dit « El Nene » ? Ce baron de la drogue notoire avait non seulement défrayé la chronique en organisant plusieurs évasions spectaculaires mais, de plus, il continuait à gérer son trafic même derrière les barreaux.
Personne ne sait où se trouve aujourd’hui l’homme qui avait commencé sa carrière en s’évadant du célèbre pénitencier de Victoria Kent de Madrid, en 2002, avant de se faire la belle de la prison de Oued Laou en 2005, et enfin de la redoutable prison centrale de Kénitra en 2008.
Argent, protections haut placées et trafic de drogue : ce qui vaut à l’extérieur vaut encore plus dans l’univers carcéral. A Oued Laou, Tétouan, Chefchaouen, Tanger, le quotidien de la prison est géré par le monde de la drogue. A Tanger, dans la prison de Sat village, ça se passe plutôt bien. A quelque chose malheur est bon.
La présence de 300 étrangers, dont une bonne centaine de Français incarcérés pour des histoires de drogue, impose à l’administration pénitentiaire un comportement normatif sévère. Les visites des consuls, celles des sœurs franciscaines du couvent de Martil, les reportages de la presse étrangère mettent constamment la prison sous le feu des projecteurs...
Mais c’est dans les autres prisons du Nord que la loi de la jungle fait rage. Elles sont tenues d’une main de fer par la mafia du haschich qui n’hésite pas à se débarrasser des directeurs ou des gardiens trop rigoureux. « Dans la prison civile de Tétouan, tout se négocie au prix fort. Depuis la chute de barons tels que Nene, Chrif Binlouidane ou encore Rachid Temsamani, des seconds couteaux sont régulièrement reçus comme des princes.
Ils font la loi et j’ai moi-même été victime de l’un d’eux qui a obtenu mon transfert de Tétouan à Fès, alors que mon épouse et mes enfants habitent à deux pas de la prison », s’indigne A.M., un petit dealer de quartier. Il ajoute que ceux qui souffrent le plus, ce sont les junkies, prêts à tout pour une dose. Une armée de jeunes prisonniers en manque qui servent de défouloir et de chair fraîche à tous les pervers qui peuplent la prison.
A.E.A.
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