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Coup d’Etat :  Skhirat, L’histoire du putsch revue et corrigée
actuel n°115, vendredi 4 novembre 2011
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Le carnage du 10 juillet 1971 ne s’est pas limité à Skhirat. Mohamed Ababou, le frère du putschiste félon, et ses compagnons ont aussi disparu dans d’étranges circonstances...

Quarante ans après les faits, l’avocat de la famille Ababou vient de déposer une plainte.


***

Quel intérêt avait Hassan II à faire kidnapper Mohamed Ababou à la prison de Kénitra ? Qui a ordonné son enlèvement avant de le ballotter d’un centre secret à un bagne militaire, du sinistre PF3 au redoutable Dar Mokri ? Qu’est-il advenu réellement du numéro deux du putsch de Skhirat ?

Autant de questions lancinantes auxquelles la famille Ababou, ses fils en premier, Abdellatif qui vit à Meknès, et Abdelghani, enseignant universitaire aux Pays-Bas, et ses deux filles, tentent de recevoir des réponses qui permettraient de retrouver le corps (ou du moins les restes) de Mohamed Ababou.

Pour Mustapha El Manouzi, qui ne désespère pas de faire parler la grande muette, la clé de la disparition de Mohamed Ababou se trouve dans les dossiers noirs de l’armée et dans les archives secrètes de l’IER qui n’ont pas été rendues publiques.

L’avocat des Ababou et (ex)-président du Forum justice et vérité, lui-même ancien prisonnier politique, vient de déposer une plainte au niveau de la cour d’appel de Rabat. « Nous n’avons pas grand espoir d’avoir une réponse ferme mais une fois les recours judiciaires locaux épuisés, cette plainte nous permettra de nous adresser à la justice internationale. »

Une disparition mystérieuse

Les seules informations dont on dispose aujourd’hui, c’est que Mohamed Ababou a été condamné à vingt ans de réclusion lors du procès à Kénitra, suite à la tentative de coup d’Etat de Skhirat.

Ensuite, il a été enlevé le 7 août 1973 de la prison militaire de Kénitra en compagnie de l’adjudant Akka, et des officiers Chellat et Mzireg. Gardés au secret à Dar El Mokri et ensuite au PF3, Ababou et ses compagnons vont être soumis à un simulacre d’évasion en 1975 avant de disparaître définitivement.

Notre enquête auprès de personnes qui, par leurs fonctions de l’époque ont eu accès à des informations de première main, tend à créditer la thèse selon laquelle Oufkir, dans sa précipitation à éliminer une partie de ses compagnons d’armes impliqués dans le complot et qui pouvaient à tout moment craquer et révéler son implication, aurait liquidé le colonel et ses adjoints.

Oufkir avait toute latitude pour le faire taire d’autant plus qu’au lendemain du putsch, ne doutant guère de sa trahison, Hassan va le nommer commandant en chef de l’armée et ministre de la Défense. Proclamé gardien dévoué du trône, Oufkir fait le vide autour du roi.

A ce poste, le cruel général finit de renforcer ses services secrets et donne ainsi toutes les garanties aux Français, Britanniques et Israéliens qu’il a la situation en main, sachant que le général avait des relations intimes avec le patron du SDECE, celui du MI 5 britannique et le Mossad israélien. Ces derniers, au courant des détails du coup d’Etat, avaient tout autant intérêt que lui à ce que la vérité n’éclate jamais.

« J’ai appris à quel point Oufkir était lié aux divers services secrets occidentaux : CIA, SDECE ou renseignements espagnols. Mais il ne se comportait ni comme un informateur ni comme un honorable correspondant. Non, il discutait à égalité et on le respectait », explique Gonzalez Mata dans un ouvrage parfaitement documenté, Le Cygne, Mémoires d’un agent secret (Grasset, 1976).

Première observation d’importance : le coup d’Etat de 1971, puis le bombardement de l’avion royal de 1972, sont d’une affreuse banalité. Comme tous les putschs, ils sont marqués par l’ambition dévorante d’officiers affectés par le syndrome du vizir qui veut devenir calife à la place du calife.

Kadhafi avait réussi son coup, Anouar El-Sadate aussi, Oufkir ne dérogeait pas à la règle. Malgré toutes les légendes brodées autour de cette histoire, et s’il a choisi les frères Ababou pour mettre à exécution son plan diabolique, c’est que l’homme partageait bien la soif de pouvoir des deux frères.

« Tu dois être riche pour imposer ta volonté. La fortune te donne pouvoir et distinction et te permet d’obtenir ce que tu veux. » Ces paroles de M’Hamed Ababou, rapportées par Mohamed Raiss, dans Un aller-retour pour l’enfer (en librairie depuis 2003), en disent long sur les véritables motivations de la plupart des putschistes, à l’exception peut-être du général Medbouh qui pensait réellement agir pour le bien de la nation.

Le frère de M’Hamed, Mohamed, l’aîné des fils du cheikh Ababou Mohamed Benmassaoud, était aussi pressé d’en finir que le cadet. Les deux frères avaient été promus au grade de lieutenant colonel en mars 1971.

Alors que M’Hamed Ababou régnait en maître sur l’école militaire d’Ahermoumou, son frère Mohamed siégeait à la direction de l’école d’état-major de Kénitra. L’aîné avait une admiration sans bornes pour le cadet qui l’a convaincu de participer au putsch. Le rôle de Mohamed n’est pas clair mais il était au courant de toutes les tentatives organisées par son frère et il a aussi participé à l’attaque de Skhirat.

Selon des témoignages de l’époque, les Ababou partageaient avec Oufkir la haine du Fassi et celle des Berbères de l’Atlas, considérés comme des traîtres en raison de leur alliance avec Hassan II, marié à la fille des Amahzoune.

François Pédron, un journaliste de Paris Match rapporte dans un excellent ouvrage sur le putsch (Lire extraits d’Echec au roi, page 20) que « Daoudi n’a pas été le seul à évoquer (très rapidement) la scène ; l’adjudant-chef Dik Jilali (Brigade spéciale) précise la tirade de M’Hamed Ababou : Nous avons éliminé tous les traîtres y compris les gouvernants chevelus, et, d’après le caporal Boukhibat (qui était de garde à l’état-major, mais qui s’est ‘‘rallié’’ après l’arrivée des généraux), Ababou aurait insisté : Nous avons éliminé les traîtres et les apôtres d’Ahardane.

L’éventail politique d’Ababou est maintenant complet. Il s’en est pris à l’Istiqlal (Allal El Fassi), au Mouvement populaire (Dr Khatib, Mahjoubi Ahardane) et aux ministres non ‘‘politiques’’ qui forment depuis 1965 l’essentiel des différents ministères ».

Avant Skhirat, Ababou et ses complices avaient déjà planifié à deux reprises de renverser Hassan II. La première fois en 1968, mais on connaît très peu de détails sur cette tentative, alors que celle du 13 mai 1971 a failli réussir si ce n’était la baraka de Hassan II qui, au dernier moment, change d’itinéraire pour se rendre à El Hajeb afin d’assister aux manœuvres des corps d’élite de Ahermoumou conduits par le lieutenant colonel M’Hamed Ababou.

« Nous étions au courant de la tentative de Ababou mais personne ne pouvait piper mot au risque de se retrouver six pieds sous terre », nous explique Farid Belmejdoub, l’un des membres de ce commando d’élite.

Le massacre de Skhirat

Preuve que l’homme était pressé d’en finir avec Hassan II à qui il vouait une haine incommensurable. M’Hamed Ababou allait à peine deux mois après, soit le samedi 10 juillet 1971, plonger le tout Skhirat dans l’horreur.

Alors que Hassan II fêtait avec le faste qui lui était familier ses 42 ans, en compagnie de la jet-set internationale, le lieutenant colonel M’Hamed Ababou surgit, quelques heures avant le déjeuner, à la tête de ses cadets d’Ahermoumou : 600 hommes qui se déchaînent sur les sept cents invités.

Beaucoup de ces jeunes soldats n’ont pas très bien compris ce qu’ils venaient faire là. Ils partaient, leur a-t-on dit, « en manœuvres ». Pris sous le feu des mitraillettes qui tirent à l’aveuglette, les personnalités sont sous le choc.

Des invités sont tués sur le coup et ceux qui fuient sont tirés comme des lapins. Une fois convaincu qu’il s’agit bien d’un attentat, le roi va quitter tranquillement sa table en lançant quelques paroles d’apaisement aux rares personnes encore présentes avant de se réfugier dans un vestiaire, avec quelques invités.

Le chef de la maison militaire, le général Medbouh, que l’on soupçonne d’être la véritable courroie de transmission entre Oufkir et les Ababou, va mettre Hassan II à l’abri de la fougue des mutins en attendant de le pousser à abdiquer.

Selon toute vraisemblance, cet officier rifain qui a servi comme Oufkir en Indochine, jouissant d’une réputation d’honnêteté irréprochable mais écœuré par la corruption de la classe politique, a fini par accepter de planifier l’affaire de Skhirat.

Ce qui ne l’empêchera pas d’être froidement abattu par M’Hamed Ababou, sous prétexte de trahison. La mort de Medbouh désoriente les putschistes. Le gros des mutins roule alors en direction de Rabat, Ababou en tête, pour occuper quelques bâtiments : l’état-major, l’Intérieur, et la RTM qui n’aura pas le temps de proclamer la « république ».

La république éphémère s’évapore avec la mort de M’Hamed Ababou, exécuté sur le perron de la radio. Son frère, Mohamed, est arrêté dans la foulée. A Skhirat, quelques dizaines de jeunes soldats, déboussolés et abattus par autant de violence, retrouveront le roi vers 16h45. Ils crient « Yahia el Malik ! » (Vive le roi), lui baisent la main, avant qu’il ne les invite dans un geste d’apaisement à réciter avec lui la fameuse première sourate du Coran : « Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux… »

Une heure après, Hassan II a déjà repris les choses en main. Il ne faudra pas plus d’une journée à la Brigade légère de sécurité, commandée par le colonel Assari, pour liquider les derniers mutins dispersés dans la banlieue de Rabat.

Le roi donne pleins pouvoirs à Oufkir pour nettoyer la place. Il ne se fait pas prier, les arrestations en masse touchent aussi bien les soldats que les officiers, y compris Mohamed Ababou.

En termes d’enquête, les interrogatoires musclés débouchent sur des condamnations sans appel. Le 13 juillet, dix poteaux d’exécution sont dressés dans le champ de tir d’El-Menzel . « On nous a prévenus la veille qu’il fallait sécuriser la zone », se souvient le commandant en chef des Forces auxiliaires de Kénitra.

Le roi, qui a ordonné la diffusion par la télévision nationale de l’exécution des officiers putschistes, invitera le général Oufkir à assister à la mort de ses vieux camarades de combat.

Treize mois plus tard, le 16 août 1972, Oufkir envoie trois chasseurs F5 à la poursuite du Boeing du roi, avec la consigne d’abattre l’avion royal.  Quelques jours après, Oufkir, « suicidé » avec trois balles dans le dos, est remplacé par Ahmed Dlimi. Ironie du sort, c’est le même Dlimi qui va mourir « écrasé » par un camion à Marrakech. Ou plus vraisemblablement victime d’un guet-apens.

Abdellatif El Azizi

Billet : Basta !

La célèbre remarque du grand historien Marc Bloch n’aura jamais été autant d’actualité : « L’incompréhension du présent, écrivait-il, naît fatalement de l’ignorance du passé. » Soit, mieux vaut donc essayer de comprendre pourquoi autant de coups d’Etat se sont subitement transformés en une chasse à l’homme qui s’est étendue aux militants de la gauche.

Pour en prendre la mesure, il faut d’abord rappeler que Skhirat n’est que la partie visible de l’iceberg et que les tentatives de putschs étouffées dans l’œuf s’inscrivent dans une période singulière de l’histoire du Maroc. Hassan II, qui dormait le revolver au poing, en savait quelque chose.

Or les crises ne sont jamais seulement politiques, elles sont aussi le miroir des sociétés et des hommes qui les font. Comment oser, aujourd’hui, disserter sur « les crimes » de Hassan II et accabler les défaillances du Makhzen pour impressionner le badaud sans prendre en compte les turpitudes de ces mêmes officiers supérieurs qui nous promettaient le grand soir, la complicité des élites dont une grande partie de la gauche, et le coup de main discret des services occidentaux ?

Quels mécanismes de régulation politique auraient pu empêcher Hassan II de sombrer dans la répression et d’éviter la guerre farouche qu’il a menée envers une partie de l’opposition ?

Ce n’est pas uniquement cette période noire de l’histoire du Royaume qu’il faudrait aujourd’hui faire passer à la barre, mais toute une classe d’hommes politiques, affairistes en puissance dont certains ont encore le culot de lorgner sur l’après-25 novembre… !

Les années de plomb, leurs leçons en trompe-l’œil ne sont plus l’alpha et l’oméga de l’histoire du Royaume. L’émancipation des peuples est également liée à leur émancipation d’une certaine version de l’histoire.

Les printemps arabes apportent une nouvelle lecture. Celle qui consiste à sortir les cadavres des placards dès que des intérêts étroits sont menacés a fait son temps. Personne ne peut dénier aux familles le droit à la vérité et celui de faire le deuil de leurs disparus, mais on ne peut rester indéfiniment otage de ces ombres du passé agitées par des intrigues de nomenklatura. A.E.A.


Disparus VIP

Ils sont encore quelques dizaines de disparus dont le sort n’a pas été élucidé mais ils ne sont pas aussi célèbres que ces « VIP » des années de plomb.

Houcine El Manouzi 

Au nom de la famille

Difficile de croire que ce jeune garçon imberbe représentait un véritable danger pour l’ordre établi. Pourtant Houcine El Manouzi restera dans les mémoires comme un brillant syndicaliste qui a marqué l’histoire de l’UNFP. L’un des fondateurs de la chabiba du parti fut également l’un des partisans de l’aile dure de la gauche de l’époque.

Un CV politique idéal pour faire de ce mécanicien d’avion, un abonné des geôles de Hassan II. Les services marocains qui suivent Houcine El Manouzi à la trace depuis sa tendre jeunesse se méfie de cet anarchiste qui a vu la moitié de sa famille passer par la case prison : Moujahid Kacem El Manouzi, mort sous la torture à Derb Moulay Chérif, en septembre 1970, et dont le cadavre n’a jamais été rendu à la famille ; le docteur Omar El Manouzi, qui a sombré dans  la folie sous le choc de la torture ; et bien d’autres, soit pas moins de 18 membres de la famille El Manouzi !

Le commandant Brahim El Manouzi, victime d’une exécution extra-judiciaire, sur ordre du général Oufkir, le 13 juillet 1971, et dont le corps n’a jamais été restitué à la famille, va sonner le glas de Houcine El Manouzi, qui va disparaître dans des conditions obscures le 29 octobre 1972.

Ironie du sort, alors que le jeune homme est au secret, à Marrakech, il est condamné à mort – par contumace – pour atteinte à la sûreté de l’État. Depuis, l’histoire retiendra des bribes de son passage à Derb Moulay Chérif, ou encore dans d’autres centres secrets comme le fameux PF3 de Rabat (les Points fixes sont des centres de torture et de détention secrète gérés par la police politique, ndlr).

En 1994, la DST conseille à la famille d’éviter toute déclaration dans la presse pour ne pas compromettre le retour de Houcine qui est encore en vie. Le 16 août 2001, ses parents reçoivent des mains de Dahak, alors président du CCDH, un certificat de décès, ne portant aucun cachet et datant le décès au 17 juillet 1975, alors que plusieurs amis et codétenus affirment avoir vu Houcine, quelques années plus tard. Aujourd’hui, il est pratiquement certain qu’El Manouzi a succombé à la torture mais où ? C’est ce que tentent inlassablement de savoir ses parents.

 

Ben Barka

La star des disparus

Le 29 octobre de cette année n’a pas dérogé à la tradition. Pour commémorer le 46e anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka, un rassemblement a été organisé face à la brasserie Lipp à Paris par l’Institut Mehdi Ben Barka.

C’est là, en plein cœur de Paris, qu’avait eu lieu le kidnapping de Mehdi Ben Barka. Depuis, on ne sait pas grand-chose sur sa disparition. Ce farouche opposant au roi Hassan II, dont il a été le professeur au Collège royal de Rabat, avait fondé en 1959 l’Union nationale des forces populaires (UNFP), l’ancêtre de l’USFP.

A la mort de Mohammed V, la jalousie qui existait entre Hassan II et son professeur de mathématiques va se transformer en haine politique. L’arrivée de Hassan II au pouvoir contraint l’homme à s’exiler en France.

Réel besoin de faire la paix ou simple calcul politique, Hassan II multiplie les signes d’apaisement vers son principal opposant. En mai 1962, Ben Barka décide alors de revenir au Maroc où il échappe de justesse à un curieux accident de voiture organisé par le général Oufkir, alors ministre marocain de l’Intérieur, et le colonel Dlimi, à l’époque directeur de la Sûreté marocaine.

En juin 1963, Ben Barka est accusé de complot contre la monarchie et s’exile de nouveau en France avant d’être jugé par contumace pour complot et tentative d’assassinat contre le roi. Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka est kidnappé par deux policiers français sur le boulevard Saint-Germain, devant la brasserie Lipp. Il disparaîtra à jamais.

 

Michel Lahrizi, l’intello de la gauche

Kidnappé, torturé par les milices de Dlimi, et disparu en décembre 1959 avec sa femme suisse et sa fillette dans des conditions rocambolesques, Michel Lahrizi, de son vrai nom Mohamed Ben Jilali, est un intellectuel proche de Mehdi Ben Barka.

Il avait été approché par les services du cab 1 qui voulaient le faire témoigner contre Mehdi Ben Barka dans un procès préfabriqué accusant ce dernier de complot contre le prince héritier.

Quelques jours après l’arrestation de FquihBasri et de AbderrahmanYoussoufi dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre les militants de l’UNFP, l’homme avait été transféré en compagnie de sa petite famille dans le secret total au camp de Moulay Ismaïl à Rabat. La mère d’Erika, la femme de Lahrizi, avait à l’époque saisi la justice helvétique.

Devant l’insistance des Suisses, Oufkir demande à Dlimi de fomenter une pseudo-évasion pour faire croire que Lahrizi a quitté le Maroc en passant par Tanger. Malgré le mandat de recherche lancé par la police helvétique, les autorités marocaines de l’époque nieront toujours leur implication dans sa disparition.

L’affaire fera pourtant l’objet d’un article dans La Tribune de Genève, le 18 octobre 1976. Dans cette enquête, un adjoint de Dlimi, alors directeur de la Sûreté nationale, livre des confidences sur l’affaire Lahrizi. M. Skiredj qui fut pendant cinq ans l’adjoint d’Oufkir, explique comment Lahrizi a été arrêté puis torturé pour « avouer » le complot présumé de Ben Barka.

Il en explique en détail les raisons : « Après la mort de Mohammed V, le général Oufkir, qui n’était pas encore ministre, devint notre chef avec Dlimi comme adjoint direct. J’étais alors l’un des responsables des services spéciaux et notre tâche consistait à lutter contre la subversion, c’est-à-dire essentiellement contre l’Union nationale des forces populaires et la gauche en général. »

Aujourd’hui, les deux frères de Lahrizi, qui ont bénéficié d’une indemnité dérisoire, se sont pratiquement résignés à ne pas en savoir plus sur le sort de leur proche et de sa petite famille. « Nous avions frappé à toutes les portes, il y a deux ans de cela, nous avions reçu une correspondances du défunt CCDH pour nous expliquer qu’il reconnaissait la disparition de Mohamed. » Mais encore ?

A.E.A.


Echec au roi

Quelques extraits du livre Echec au Roi de François Pédron, paru aux éditions de la Table Ronde (septembre 1972)

« JE SUIS SOLIDAIRE DES PEUPLES ET NON DES REGIMES. JE SUIS SOLIDAIRE DES MONARQUES QUI REUSSISSENT. SI UNE MONARCHIE TOMBE, C’EST QU’ELLE A FAIT SON TEMPS OU QU’ELLE LE MERITE. TOUT LE MONDE PREVOYAIT DEPUIS LONGTEMPS LES EVENEMENTS DE LIBYE, COMME JADIS ON PREVOYAIT LA CHUTE DU ROI FAROUK EN EGYPTE. SI JAMAIS CELA M’ARRIVAIT, C’EST QUE JE L’AURAIS MERITE… »

Hassan II à Jean Daniel dans le Nouvel Observateur du 6 juillet 1970

La conspiration

[...] Le 7 juillet 1970, les deux frères, Mohamed et M’Hamed Ababou regagnent Rabat. M’Hamed avait bien revu le général Medbouh et l’opération était arrêtée. La réception offerte par le roi constituait une occasion exceptionnelle.

 

Ababou avait exposé son plan au général ; s’emparer des édifices publics les plus importants de la capitale tandis que le gros des forces d’Ahermoumou investirait le palais de Skhirat. Medbouh l’avait congédié en lui rappelant qu’on ne devait tirer qu’en cas d’extrême nécessité. [...]

 

Le festin du roi

[...] Insensiblement, le gros des invités se repliait sur la tente à champagne, le seul endroit du palais où l’on puisse trouver des alcools car on n’en sert pas dans l’enceinte proprement dite du palais, pour des raisons d’orthodoxie religieuse : le palais c’est la demeure de l’« émir al Mouminine » (Commandeur des Croyants) : on ne peut donc y trouver ce que défend expressément le Prophète.

Mais pour satisfaire les lois tout aussi sacrées de l’hospitalité sans priver les hôtes incroyants de leurs breuvages favoris, on a installé une source éthylique alimentée sans défaillance par du Dom Pérignon et du Black Label.

On y regardait les joueurs de golf ; d’autres faisaient des colonnes instables avec les bouteilles qu’ils venaient de vider et qui refusaient obstinément toute verticalisation ! Des serviteurs faisaient passer sans arrêt des plateaux ‘‘d’amuse-gueule’’ qui permettront d’attendre le repas. [...]

 

Opération RP

[...] L’ambassadeur de France, qui voulait absolument profiter de la journée pour régler avant le 14 juillet une affaire en suspens, cherchait Mohamed Karim Lamrani, ministre des Finances, qui était en train de s’installer au buffet situé entre la piscine et les cabines de bain.

Ce dernier lui demande de chercher Mohamed Medeghi (ou M’Daghi), son secrétaire général, qui surveillait la cuisson de ses brochettes. L’ambassadeur l’amène auprès de son ministre et en dix minutes l’affaire est réglée.

Trois jours plus tard, M’Daghi remerciera M. Lebel de lui avoir sauvé la vie en l’écartant ainsi des barbecues situés dans l’axe de la grande porte, c’est là que les tirs avaient été les plus meurtriers.

Les deux hommes avaient philosophé d’un ton badin sur le hasard. Le 30 août, M’Daghi, devenu sous-secrétaire d’Etat aux Finances et, à trente-trois ans, l’un des benjamins de la nouvelle équipe ministérielle, se tuait dans un accident de voiture sur la route d’El Hajeb.

Sitôt l’entretien terminé, M. Claude Lebel, qui a vu M. Louis Joxe vers la tente royale, va vérifier si l’ancien ministre est bien à la table du prince Moulay Abdallah, comme prévu. [...]

 

Le roi est vivant !

[...] Ils avaient été des dizaines à voir le roi disparaître encadré par quatre soldats. Puis, après un temps très court, moins de cinq minutes certainement, le roi revenait. Les soldats étaient encore autour de lui. Mais ils ne l’encadraient plus comme on bloque un prisonnier, ils l’escortaient. C’était exactement l’impression qu’ils donnaient, une escorte.

Réduite, mais différente maintenant, certains lui baisaient la main. ‘‘Tout n’était  que respect, déférence et autorité.’’

Le roi s’avançait vers l’endroit qu’il venait de quitter, d’un pas ferme, sans précipitation, les cheveux toujours ébouriffés, à peine gêné dans sa marche par les marques de respect que lui prodiguaient encore les soldats.

Le groupe tout entier récitait d’une voix forte que les prisonniers les plus éloignés, ceux qui n’avaient pas vu le roi se lever (ni même sortir après 17 heures), entendaient, sans l’expliquer, une fois de plus !, cette introduction au Coran que l’on appelle la Fatiha.

Prière solennelle, très courte, que le ton incantatoire et la répétition des récitants rendaient un peu étrange. Surprenante au moins : « Au nom de Dieu, clément et miséricordieux :

Louange à Dieu, souverain de tous les mondes !

La miséricorde est son partage.

Il est le roi le jour du jugement.

Nous t’adorons, Seigneur, et nous implorons ton assistance.

Dirige-nous dans le sentier du salut,

Dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits.

De ceux qui n’ont point mérité ta colère et se sont préservés de l’erreur. »

Le coup de théâtre était d’autant plus manifeste que les témoins ne pouvaient pas mettre de légendes à cette série stupéfiante de photos.

Le roi est emmené, caché, on tire. Le roi est mort. Le roi revient, obéi, mieux qu’obéi même. Le roi est vivant… [...]

 

Mise en garde

[...] « Nous nous adressons maintenant aux leaders politiques et aux dirigeants syndicaux en leur disant que nous n’avons récolté que le fruit de ce qu’ils ont semé, à force d’écrire dans leur presse et d’insinuer que le Maroc est sur la voie de l’effondrement, que la situation est mauvaise, que l’économie n’est pas saine et que la féodalité bat son plein.

Certains en sont venus à croire à ces rumeurs de sorte que ceux qui ont fait circuler ces rumeurs en sont les premières victimes…

Cela prouve que vous êtes en train de creuser vos tombes. Si les mutins avaient pris le pouvoir, ils n’auraient pas été de votre niveau : ce ne serait pas Medbouh, Bougrine ou Hamou qui vous appelleraient pour partager avec vous le pouvoir, car vous ne les comprendriez pas et ils ne vous comprendraient pas.

… C’est pour cela que nous vous disons, vous qui façonnez l’opinion publique marocaine, soit directement par la presse, soit en faisant circuler des rumeurs, nous vous disons : prenez garde ! SI VOUS SEMEZ LE VENT, VOUS RECOLTEREZ LA TEMPETE ».

(Allocution prononcée à la suite de la conférence de presse du dimanche

11 juillet) [...]

 


 

Entretien avec Mustapha El Manouzi, président du Forum vérité et justice

« Que la lumière soit faite ! Â»

Après avoir déposé sa démission du poste de président du Forum vérité et justice, Mustapha El Manouzi a dû se retracter. Il nous livre les raisons de sa volte-face et de son combat pour le rétablissement de la vérité concernant les disparus des années de plomb.

actuel : On sait aujourd’hui que le FVJ a refusé votre démission mais pourquoi avoir choisi la date du trente-neuvième anniversaire de la disparition de Houcine El Manouzi, et de Ben Barka kidnappé le 29 octobre 1965 ?

Mustapha El Manouzi : Effectivement, j’ai dû revenir en arrière à cause des pressions des militants du Forum au Maroc et à l’étranger mais le fait est là : nous sommes fatigués de faire le pied de grue devant les instances concernées pour faire avancer le dossier des disparus.

L’Instance équité et réconciliation, mise en place pour faire la lumière sur les années de plomb, a émis des recommandations mais malheureusement, beaucoup de ces injonctions n’ont jamais été suivies d’effet.

 

Vous êtes l’avocat de la famille Ababou ; que revendiquent les héritiers de Mohamed Ababou ?

Ils veulent tout simplement connaître la vérité sur le sort de leur proche. Impliqué dans le coup d’état de Skhirat, cet officier supérieur été condamné à vingt ans de réclusion lors du procès de Kénitra.

Jusque-là, on n’a rien à contester mais le problème, c’est que le 7 août 1973, il a été enlevé de la prison centrale de Kénitra et transféré dans l’anonymat le plus absolu à Dar El Mokri et ensuite au PF3. On veut connaître la suite, de manière à permettre à la famille de faire le deuil, notamment après avoir récupéré la dépouille du colonel.

 

Vous avez intenté une action en justice, quel est votre objectif réel ?

Nous avons déposé une plainte au niveau du tribunal de la cour d’appel de Rabat. Même si nous n’avons pas beaucoup d’espoir de ce côté-là, nous avons demandé la comparution de témoins de l’époque, tels que les frères Bouriqat qui étaient incarcérés au PF3, dont nous avons demandé la préservation officielle, pour permettre des fouilles.

D’une manière générale, nous sommes décidés à faire la lumière sur tous les cas de disparition dont celui de Houcine El Manouzi. La plainte en justice nous permettra dans un second temps de déposer une plainte au niveau de l’international.

 

Concernant les disparus, il existe bien une liste détaillée fournie par l’IER ?

Elle reste incomplète et nous voulons avoir accès aux archives secrètes de l’IER, celles dont Yazami a hérité de Benzekri. Cela nous permettra de connaître le sort de tous les disparus et les lieux de leur enterrement s’ils sont décédés, d’indiquer par la suite aux familles le lieu de sépulture des victimes, de s’entourer des garanties pour la vérification de l’identité et de soutenir les démarches des familles pour l’éventuelle appropriation de la dépouille. Et enfin d’allouer les aides et le soutien nécessaires aux familles et ayants droit pour une réelle réhabilitation des victimes.

 

L’IER a pourtant fait du bon travail de l’avis d’observateurs étrangers neutres ; qu’est-ce qui bloque encore ?

Je pense qu’il y a encore des personnes, notamment au niveau de l’armée et au niveau des services, qui n’ont pas intérêt à ce que toute la vérité soit faite sur les années de plomb. Benzekri avait d’ailleurs révélé à l’époque que l’armée n’avait pas pleinement joué le jeu. Notre mission aujourd’hui est toujours d’actualité puisque plusieurs recommandations de l’IER n’ont pas été appliquées.

Beaucoup de disparitions n’ont pas encore été résolues, et beaucoup de victimes n’ont pas été indemnisées, et celles qui ont contracté diverses pathologies en cours de détention n’ont toujours pas d’assurance maladie. Sans oublier que des dossiers, comme celui des événements de 1965 ou celui des émeutes de 1981, ne sont pas élucidés non plus.

Propos recueillis par Abdellatif El Azizi

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N°126 : Les enfants perdus  de Casablanca
N°125 : PJD  Les rois du marketing
N°124 : Le 20-Février s'essoufle...  mais le Maroc bouillonne
N°123 : Protectorat,   Cent ans sans solitude
N° 122 : Formation du gouvernement,  Ca coince et ca grince
N°121 : Portables, Internet, documents biométriques…  Flicage, mode d’emploi
N° 120 : Sondage exclusif :  Benkirane, Monsieur 82%
N°119 : Pourquoi le Maroc ne sera pas   islamiste
N°118 : Mohammed VI versus al-Assad,   Au nom du père
N°117 : Gouvernement :   Cabinets ministériels, de l’ombre à la lumière
N°116 : Plan social :  les sacrifiés de la RAM
N°115 : Coup d’Etat :   Skhirat, L’histoire du putsch revue et corrigée
N°114 : Politique fiction  Et le gagnant est ...
N°113 : Le dernier combat de   Mohamed Leftah
N°112 : Portrait Abdelbari Zemzmi
N°111 : Harcèlement sexuel et moral  Un sport national
N°110 : Bilan  Le code de la déroute
N° 109 : L’ONDA  Grosses tensions et petites combines
N°108 : Placements Comment sauvegarder son patrimoine  
N°107 : Impôt sur la fortune El Fassi lance un pavé dans la mare  
N° 106 : Interview 
N° 104/105 : Presse étrangère/Maroc Le grand malentendu  
N°103 : Le temps de l’amazigh  
actuel 102 : Référendum Ecrasante victoire du Oui  
actuel 101 : Fatéma Oufkir : Le roi et moi 
N°100 : 100 indignations et 100 solutions pour le Maroc 
N°99 : Projet constitutionnel Le roi et nous  
N° 98 : Pédophilie  : Tolerance zero 
N° 97 : Gad, Jamel & co Pourquoi les Marocains font rire le monde
N° 96 : L’horreur carcérale 
N° 95 : Enseignement privé : Le piège  
Actuel n°94 : Moi, Adil, 25 ans, marchand de chaussures et terroriste  
N°93 : Ces cliniques qui nous ruinent 
Actuel n°92 : Il n’y pas que le 20-Février…  
Actuel n°92 : Qui cherche à déstabiliser le pays ?  
Actuel n°92 : Â«â€‰Nos attentes sont plus grandes que le 20-Février »  
Actuel n°92 : Trois jeunesses 
Actuel n°92 : Attentat : Le jeudi noir de la ville ocre  
Actuel n°92 : Révolutions et attentats Sale temps pour Zenagui 
Actuel n°92 : Mais que veulent les jeunes ? 
Actuel n°91 : Le grand nettoyage 
Actuel n°90 : Le retour des adlistes 
Actuel n°89 : Ruby : sexe, mensonges et vidéo 
Actuel n°88 : Impôts : Halte à la fraude 
Actuel n°87 : Hassan II TV c’est fini 
Actuel n°86 : Marine Le Pen : L’islam, les Arabes et moi 
Actuel n°85 : Vive le Maroc libre 
Actuel n°84 : Rumeurs, intox : à qui profite le crime ? 
Actuel n°83 : ET MAINTENANT ? Une marche pour la démocratie
Actuel n°81 : Sale temps pour les tyrans 
Actuel N°72 : Aquablanca : La faillite d’un système  
Actuel n°69-70 : Benguerir sur les traces de Settat 
Actuel n°68 : Art, sexe et religion : le spectre de la censure 
Actuel n°67 : Dans les entrailles de Derb Ghallef 
Actuel n°66 : Ces FQIHS pour VIP 
Actuel n°65 : RNI, le grand politic show 
Actuel n°64 : Bourse de Casablanca, des raisons d’espérer 
Actuel n°63 : Ex-ministres :  y a-t-il une vie après le pouvoir ?
Actuel n°62 : Le code de la route expliqué par Ghellab
Actuel n°61 : La vie sexuelle des Saoudiennes… racontée par une Marocaine
Actuel n°60 : Chikhates, shit et chicha 
N°59 : Eric Gerets, la fin du suspense ?
N°58 : Onze ans, onze projets 
N°57 : Raid sur le kif 
N°56 : Sea, Sun & Ramadan 
N°55 : Casablanca, mais qui est responsable de cette pagaille ?
N°54 : Ces ex-gauchistes qui nous gouvernent 
N°53 : Au cÅ“ur de la prostitution marocaine en Espagne 
N°52 : Diplômés chômeurs : le gouvernement pris au piège
N°51 : 2M : Succès public, fiasco critique
N°50 : L’amérique et nous 
N°49 : Crise, le Maroc en danger ?
N°48 : Les 30 Rbatis qui comptent 
N°47 : Pourquoi El Fassi doit partir 
N°46 : Chirurgie esthétique :  plus belle, tu meurs
N°45 : McKinsey dans la ligne de mire  
N°44 : Trafic sur les biens des étrangers 
N°43 : Avec les évadés de Tindouf 
N°42 : GCM / Tamesna : Un scandale en béton !
N°41 : ONA - SNI: Ils ont osé
N°40 : Enseignement: Missions à tout prix
N°39 : Le Maroc, terre d'accueil des espions 
N°38 : Bleu Blanc Beurk 
N°37 : Boutchichis Les francs-maçons du Maroc
N°36 : Hamid Chabat réveille les vieux démons
N°35 : Vies brisées 
N°34 : Maires Ceux qui bossent et ceux qui bullent
N°33 : Botola Combien gagnent nos joueurs
N°32 : Sexe, alcool, haschich, jeux… Les 7 vices des Marocains
N°31 : Tanger Le dossier noir des inondations
 
 
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